Une décision sur la réorganisation du groupe EADS et de sa filiale Airbus devrait intervenir dans les prochains jours, le gouvernement français semblant décidé à crever l’abcès après plus de dix jours de crise.

L’échéance de 72 heures fixée samedi par le ministre français de l’Economie Thierry Breton pour trouver une solution aux problèmes d’EADS expire mardi.

Le ministre a poursuivi samedi et dimanche les consultations avec les actionnaires privés français (Lagardère) et allemand (DaimlerChrysler). L’Etat détient 15% du capital d’EADS.

Mais selon plusieurs sources proches du dossier, le calendrier de M. Breton sera difficile à respecter. «Si les discussions se poursuivent, aucune solution n’a été trouvée pour l’instant», a déclaré l’une d’elles.

Bercy n’a pas souhaité communiquer lundi sur l’issue de ces entretiens. Le président français Jacques Chirac, qui a fortement contribué à la nomination de Noël Forgeard à la tête d’EADS en 2005, pourrait être interrogé sur ce sujet lundi soir lors d’une intervention à la télévision.

EADS, Lagardère et DaimlerChrysler se sont refusé à tout commentaire.

Tout changement d’organisation ou d’hommes chez EADS devra être entériné par le conseil d’administration du groupe. Initialement prévu le 13 juillet selon une source proche, il pourrait être avancé.

Si tous les actionnaires s’accordent à vouloir modifier les règles de gouvernance au sein du géant européen, plusieurs hypothèses sont évoquées.

«Soit Paris débarque M. Forgeard en laissant le co-président allemand (Thomas Enders) seul aux commandes, renonçant à l’équilibre franco-allemand. Soit, il remplace M. Forgeard par un autre Français, ou il se contente de modifier l’équilibre des compétences entre les deux co-présidents en supprimant le poste de président d’Airbus pour qu’EADS dirige directement sa filiale», avait jugé samedi une source industrielle.

Les retards de l’A380, qui ont fait chuter le titre de 26% le 14 juin, ont reflété une crise profonde de management, les dirigeants d’EADS affirmant avoir été prévenus tardivement par Airbus, et un regain des tensions franco-allemandes.

Selon la presse, Louis Gallois, PDG de la SNCF et représentant de l’Etat au conseil d’administration d’EADS, pourrait remplacer M. Forgeard. Interrogé par l’AFP, le numéro deux de la SNCF Guillaume Pépy s’est refusé à tout commentaire lundi en marge d’une conférence de presse.

Mais les scénarios apparemment envisagés par le gouvernement français ne semblent pas du goût des Allemands. «Il n’y a pas de raison de changer quoi que ce soit à la structure de direction de la société, qui a fait ses preuves», a déclaré lundi le porte-parole de la chancelière allemande Angela Merkel.

De son côté, l’hebdomadaire allemand der Spiegel accusait lundi le directeur commercial d’Airbus, l’Américain John Leahy, d’avoir il y a quelques mois «avalisé des demandes spéciales de clients bien que la définition de la configuration de l’avion et des pièces nécessaires à celle-ci était depuis longtemps terminée».

Sur le terrain politique, la crise perdure alors que M. Forgeard, empêtré comme cinq autres dirigeants dans la vente controversée d’actions en mars, doit être auditionné mercredi par les commissions des Finances et des Affaires économiques de l’Assemblée nationale.

«La direction d’EADS est sur la sellette. Toute la direction, pas simplement un de ses responsables», a déclaré Julien Dray, porte-parole du Parti socialiste, fustigeant l’Etat qui «s’est contenté d’être un spectateur, de plus en plus passif».

A la Bourse de Paris, l’action EADS progressait vers 13H30 GMT de 3,68% à 22,83 euros, dans un marché quasiment stable (-0,09%).