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EADS va ravitailler l'US Air Force en vol

dominique simonet

Publié le - Mis à jour le

analyse

"A la surprise générale" : c'est ainsi qu'a été attribuée, à EADS, une première tranche de l'énorme contrat des avions ravitailleurs pour l'US Air Force. Bien qu'allié à l'américain Northrop Grumman, et malgré l'offre faite, en début d'année, d'ouvrir une usine de montage à Mobile, en Alabama, le groupe européen était donné battu. Le contexte électoral semblait devoir encore renforcer le protectionnisme économique que l'on prête aux Américains : pour d'aucuns, EADS/Northrop Grumman et leur proposition d'Airbus A330 MRTT n'avaient que 5 pc de chance d'aboutir face au KC-767 présenté par Boeing.

La raison l'a emporté. Le général Arthur Lichte, responsable de la logistique de l'US Air Force, résume : "Plus de passagers, plus de capacité fret, plus de carburant transporté, plus de flexibilité" pour l'A330 modifié. Ces mêmes constats ont été faits précédemment par la Royal Air Force britannique (5 exemplaires), la Royal Australian Air Force (idem), l'Arabie Saoudite (3 unités) et les Emirats Arabes Unis qui, justement le 25 février dernier, transformaient leur intention d'achat en trois commandes fermes. Comme par hasard, en janvier, les Australiens se disaient "très satisfaits" de l'évolution de la coopération avec EADS... A chaque compétition, le KC-767, sur lequel Boeing a investi un milliard de dollars, perdait face au KC-30 d'EADS.

La victoire européenne s'inscrit donc dans une suite logique. Dorénavant, aux Etats-Unis, l'A330 MRTT (MultiRole Transport and Tanker) va s'appeler KC-45A. Le biréacteur assurera le ravitaillement en vol d'avions de combat, soit par une perche rigide située sous la queue de l'appareil et commandée depuis le cockpit, soit par les deux tuyaux souples ancrés sous les ailes et se terminant par un panier entonnoir où l'avitaillé vient planter sa perche. Simultanément ou, a fortiori, quand l'appareil n'assurera pas de mission de biberonnage, le KC-45A pourra emporter 280 passagers (ou 120 civières en cas d'évacuation sanitaire) et 32 tonnes de fret.

Le contrat porte sur une première tranche de 179 appareils pour un montant estimé entre 30 et 40 milliards de dollars. Comme annoncé en août dernier, le Pentagone a choisi de... choisir un seul fournisseur, privilégiant ainsi l'homogénéité de sa flotte. Même si rien n'est sûr, la même logique devrait s'appliquer aux contrats suivants, car il s'agit de remplacer un total de 530 avions, pour un montant estimé à 200 milliards de dollars, support compris.

Surprise surprise

"A la surprise générale" : au départ, la proposition européenne était plus chère que celle de Boeing; pour l'emporter, EADS n'a-t-il pas fait trop de concessions au client ? A l'agence Reuters, Louis Gallois, président d'EADS, a tout de suite répliqué : "Non, nous n'avons pas cassé les prix." Même s'il est dix ans plus jeune que celui du B-767, le programme A330, dont le premier vol eut lieu en 1992, est arrivé à maturité, avec 808 commandes (sans compter les 72 en version cargo) et déjà 519 exemplaires en service. Autrement dit, les investissements sont largement amortis.

Certes, après les A320 assemblés en Chine, et à l'instar des A330F, les A330-MRTT vont être montés aux Etats-Unis, dans de nouvelles installations d'Airbus, puis militarisés par Northrop Grumman, engendrant quelque 1 300 emplois locaux directs. L'opération correspond à la stratégie de Louis Gallois, qui est de travailler aussi hors zone d'un euro trop fort. Mais les éléments constitutifs de l'avion continueront à être fabriqués essentiellement en Europe, et le travail libéré par l'A330 sur les chaînes de montage toulousaines sera progressivement repris par le futur biréacteur à large fuselage A350.

Le contrat initial du KC-45A s'applique à la fourniture de 4 appareils d'essais, pour 1,5 milliard de dollars. L'entrée en service du ravitailleur est prévue pour 2013... Si Boeing ne conteste pas la décision, ce qui embarrasserait fort des militaires américains pressés, eux, de remplacer des KC-10 et surtout KC-135 Stratotanker parfois vieux de 45 ans.

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