Le CSA a attribué les fréquences pour la bande FM et la radio numérique.

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles a rendu son verdict. Mercredi, en début de soirée, le CSA a transmis un communiqué succinct dans lequel il dévoile le nom des éditeurs ayant obtenu une autorisation d’émettre, en mode analogique (FM) et/ou numérique (DAB +), pour les neuf prochaines années.

En avril, le régulateur avait fait savoir que 123 dossiers de candidatures avaient été retenus dans le cadre de l’appel d’offres global pour l’attribution de radiofréquences. On y retrouvait les principales radios privées de la bande FM (Nostalgie, NRJ, Contact, Bel RTL, DH Radio et Fun), mais aussi de nouveaux prétendants (dont LN24 Radio et un projet soutenu par six télés locales).

Durant quatre mois, les experts du CSA et les dix membres du Collège d’autorisation et de contrôle (CAC) ont analysé les 123 dossiers. Ils l’ont fait au regard de plusieurs critères, dont la pérennité financière des projets, leur apport à la diversité du paysage radiophonique en Fédération Wallonie-Bruxelles, les moyens mis en œuvre pour produire de l’information ou encore la part dévolue à la production propre.

Exit DH Radio et Mint

On savait qu’il n’y aurait de place pour tout le monde sur la bande FM (92 fréquences disponibles, dont 82 pour des radios locales). La lutte s’annonçait particulièrement féroce pour l’obtention des deux réseaux “multi-villes”, occupés par DH Radio et Fun depuis 2008.

C’est finalement le projet introduit par la (future) chaîne de télé LN24 qui a emporté la palme. Fun, de son côté, a vu son bail renouvelé pour neuf ans. Exit, donc, les candidatures de Mint (soutenu par RTL), Chérie FM et Goldie (NGroup), la radio des télés locales et, last but not least, DH Radio. Pour les quatre grands réseaux communautaires, le CSA a renouvelé les autorisations de Bel RTL, Contact, Nostalgie et NRJ. C’est donc la parfaite égalité entre RTL et NGroup.

Au total, le CSA a autorisé 72 radios indépendantes en FM, 4 réseaux provinciaux mixtes (FM et DAB +) et 6 réseaux communautaires et urbains mixtes. En numérique, 75 droits d’usage d’un multiplex de portée locale ont été attribués aux radios indépendantes et 4 réseaux communautaires en DAB + (dont RCF). Un réseau DAB + n’a pas été attribué à ce stade.

Des cotations sujettes à caution

Pour DH radio, le coup est rude. Le groupe de médias IPM, qui édite La Libre, a investi pas moins de 10 millions d’euros dans sa radio, laquelle commençait enfin à se faire une place dans le paysage radiophonique et mobilisait de nombreux journalistes des rédactions du groupe IPM.

Comme annoncé dans une “lettre ouverte” publiée mercredi matin dans La Libre, François le Hodey, administrateur délégué d’IPM, conteste la sentence du CSA. "On nous a envoyé une décision, mais elle n’est pas motivée, si ce n’est une grille de points sans explications. On ne sait donc pas comment ils ont fait leur sélection". M. le Hodey cite, en exemple, le critère lié à la "singularité" des projets radiophoniques. "La singularité d’une radio, c’est sa différence par rapport aux autres. Mais, en prenant connaissance du tableau des cotations transmis par le CSA, on comprend que c’est une simple variable d’ajustement politique car on ne trouve aucune logique dans la manière d’attribuer ces cotations".

Comme la législation l’y autorise, le patron du groupe IPM va attaquer cette décision du CSA devant le Conseil d’Etat afin d’empêcher ce qu’il qualifie de "préjudice irréparable" pour DH Radio et IPM. Le Conseil d’Etat devrait se prononcer sur la suspension, selon toute vraisemblance, dans le courant du mois août. La décision sur le fond de la contestation prendra quelque 18 mois. Entre-temps, la composition du CAC aura été renouvelée.

LN24 (radio) n’émettra pas avant plusieurs mois

C’est depuis la Grèce, où il passe quelques jours de vacances, que Joan Condijts, cofondateur et directeur de l’information de la nouvelle chaîne télé LN24 (dont le lancement aura lieu le 2 septembre), a réagi à l’obtention d’un réseau de fréquences, FM et DAB +, couvrant les principales villes de la Fédération Wallonie-Bruxelles. “Pour LN24, c’est un fameux bonus ! Au départ, notre ambition était de lancer une chaîne télé. Mais quand on s’est rendu compte que les astres s’alignaient avec la procédure de renouvellement du plan de fréquences, on s’est dit qu’il y avait une carte à jouer, même si la concurrence était rude. On a donc introduit un projet tout à fait singulier puisqu’il n’existe pas encore de radio d’info en continu sur le marché francophone belge, qui est dominé par des radios musicales”.

Joan Condijts reste évasif sur le calendrier du lancement de la radio LN24. “Ce ne sera pas un simple copié-collé des contenus télé. On a remis un projet très détaillé, avec des programmes spécifiques à la radio, indique-t-il. On ne pourra pas lancer la radio dès le 2 septembre, en même temps que la télé. C’est impossible. Il faudra plusieurs mois pour nous lancer en FM et en DAB +”. Une fois l’autorisation donnée par le CSA, toute radio dispose d’un délai maximal de 18 mois pour émettre. Il faudra aussi compter avec les recours introduits par le groupe IPM auprès du Conseil d’Etat.