Aucun accord n’a pu être trouvé mardi au terme d’une réunion de concertation entre les acteurs de la chaîne agroalimentaire au sujet des aides à apporter au secteur porcin belge. Un secteur en situation de surproduction et en grande difficulté, avec des prix qui ne cessent de dégringoler.

Si un accord de soutien aux producteurs laitiers avait pu être dégagé fin août et appliqué, la même chose n’a pu être faite pour le secteur porcin, beaucoup plus complexe. Les fédérations de la distribution et de l’industrie de la viande pointent notamment un problème légal, lié aux règles européennes de concurrence (lire ci-contre).

Une aide refusée par l’Europe

Les syndicats agricoles (Boerenbond, ABS, FWA et Fugea) réclament à la distribution et à l’industrie de la viande une aide financière à destination des éleveurs. En août, ils avaient obtenu une allocation d’urgence de 24 millions d’euros pour les truies. "Ces 24 millions, c’était déjà un énorme compromis consenti par les organisations agricoles car les pertes dans le secteur porcin se chiffrent à 45 millions d’euros", souligne Ana Granados (Fugea). Mais voilà, le secteur porcin n’a pas vu arriver l’argent. "Nous nous sommes montrés patients, au vu des arguments de complexité du secteur avancés par les partenaires de la chaîne", poursuit Ana Granados. Selon la Fevia (Fédération de l’industrie alimentaire), cette aide a été refusée par les autorités européennes à la concurrence.

10 millions au lieu de 24

Le 3 décembre, une nouvelle proposition a été faite aux syndicats : une enveloppe de 10 à 12 millions d’euros au lieu de 24. Inacceptable pour les organisations agricoles. Tous les acteurs se sont donc revus mardi mais les négociations se sont soldées par un échec. "On aurait accepté que l’enveloppe soit diminuée à 15 millions, sous condition d’un préfinancement du secteur", signale Ana Granados.

Du côté des agriculteurs, on parle d’une "rupture d’engagement". L’industrie affirme qu’"il n’est pas question d’une rupture de promesse". "Nous respectons notre engagement d’examiner les pistes à court terme mais celles-ci ne semblent pas autorisées dans le contexte légal européen. Nous comprenons la déception des organisations agricoles mais il faut trouver des solutions à moyen et court termes, structurelles comme investir dans l’innovation, promouvoir la qualité belge à l’export, trouver une vraie plus-value pour nos produits à l’étranger", explique-t-on à la Fevia. Willy Borsus, le ministre fédéral de l’Agriculture (MR), exhorte les différentes parties à reprendre le dialogue et annonce qu’il prendra contact avec les uns et les autres "afin de tenter de trouver une solution acceptable".

Plusieurs acteurs de la grande distribution ont fait savoir mardi qu’ils allaient participer à l’aide financière au secteur porcin (lire ci-contre), mais leurs mesures ne satisfont pas du tout la Fugea. "Est-ce qu’on peut appeler ça une aide ? C’est largement suffisant. Les sommes versées par Colruyt équivalent à 15 euros par truie/an alors que les pertes moyennes annuelles par animal se montent à 500 euros", lance Frédéric Callemeyn.

De possibles actions de blocage

En front commun, les organisations agricoles (qui affirment vouloir retourner à la table des négociations) ont d’ores et déjà lancé des actions de sensibilisation auprès des distributeurs et des industriels. Elles vont leur rendre visite et essayer de leur faire signer un engagement à reverser 20 centimes par kilo de porc aux producteurs. "Il n’y aura pas de blocage des entreprises", assure Ana Granados. Il se dit toutefois que si le nombre de signataires n’était pas suffisant au goût de certains syndicats, les actions pourraient se durcir dès le début de la semaine prochaine, avec des blocages à la clé.


Près de 3 porcs sur 4 exportés

Le système imaginé fin août par la Concertation de la chaîne agroalimentaire pour les producteurs de lait n’a donc pu être adapté à la filière porcine.

Pour le lait, une partie de la solution est basée sur le versement, dans un fonds de soutien aux éleveurs, de 2,7 eurocents par litre de lait vendu dans le commerce, qu’il soit local ou importé. Et si c’est le lait blanc - et pas le yaourt ou le fromage - qui a été choisi, c’est que 97 % du lait vendu en Belgique l’est par des membres de Comeos, la fédération belge du commerce.

Bouchers et Horeca aussi

Pour le porc, et au-delà des problèmes de surproduction (entre 2005 et 2013, la consommation belge de viande de porc a baissé de 6 % alors que la production a augmenté de 12 %) et de concurrence au niveau européen, c’est autre chose. Sur les 11 millions de porcs élevés en Belgique, 3 millions seulement entrent dans la consommation intérieure contre 8 millions exportés. Et les commerçants belges ne veulent pas subsidier cette exportation… De plus, la moitié seulement de ces 3 millions passe dans le commerce, l’autre allant dans l’industrie de la viande. Et au niveau du commerce, une nouvelle répartition se fait : 700 000 porcs dans les supermarchés (soit 6,8 % seulement de la production totale), 405 000 dans les boucheries, 270 000 dans les épiceries, et le solde ailleurs. Si supplément temporaire avait été décidé, il aurait dû "traiter les différents clients de manière égale", souligne Dominique Michel, CEO de Comeos. Le boucher et l’Horeca autant que le supermarché, "même si toute la viande de porc vendue dans nos magasins est d’origine belge", poursuit-il. Et puis, quel morceau de porc choisir pour appliquer l’augmentation : le rôti, les côtes, la saucisse… ? "Nous étions prêts à accepter un supplément de prix de la part des abattoirs, mais cela ne s’est pas avéré faisable sur le plan juridique", ajoute le CEO de Comeos.

Et de juger "incompréhensible" que les organisations agricoles pointent le commerce du doigt, alors que "nous sommes tous arrivés à la même conclusion : l’accord conclu au mois d’août n’est pas exécutable tant sur le plan technique que juridique", conclut M. Michel.

Les grands noms de la distribution, Colruyt, Carrefour, Delhaize, Makro, ont toutefois fait un geste et annoncé qu’ils payeraient davantage la viande de porc. Soit un supplément d’environ 10 centimes d’euros par kilo de viande acheté. Mais ce sont 20 centimes que les éleveurs leur demandent.