Notre entreprise est une plate-forme en feu !", a proclamé mercredi le patron du groupe finlandais Nokia... qui a bien veillé à préparer le terrain avant l’annonce, en cette veille du week-end, d’un plan de restructuration sans précédent dont on lira les détails par ailleurs.

Transfuge de Microsoft, le Canadien Stephen Elop a fait son annonce, non par le canal traditionnel des médias ni devant l’assemblée des actionnaires mais... via un mémo de 1 300 mots adressé par email aux 130 000 salariés du groupe. L’homme n’a pas pris de pincettes pour alerter les salariés finlandais qui sont, rappelle-t-on, du genre réservé. Le fait qu’il ait signé simplement "Stephen" n’a rien enlevé à la charge émotionnelle du message, au contraire.

Pionnier du GSM dès le milieu des années 90, coqueluche des accros du portable, champion de l’innovation, Nokia a perdu progressivement sa flamme et son leadership. Sa part de marché, de 37 % jadis, a chuté sous les 30 %, même s’il reste n° 1 mondial. Depuis deux ans, le groupe va de déboires en déconvenues, en raison de la percée de l’iPhone de l’américain Apple et de celle des smartphones pilotés par le système d’exploitation Android de Google. La lutte avec les concurrents est sans merci, le centre de gravité vacille. Victime de ses "échecs successifs", incapable de proposer une combinaison matérielle et logicielle convaincante, Nokia ne parvient plus à vivre des revenus des portables classiques. D’où le grand virage opéré, le matelas de sécurité ayant fondu. Destructeur en termes d’emplois, radical au niveau technologique, le plan prouve la faculté du géant à se remettre en question, même tardivement. La démarche est impressionnante.