Libre Eco week-end | La start-up de la semaine

L’intelligence artificielle (IA) est partout. La preuve ? Même les avocats, habitués à manipuler des montagnes de codes et de dossiers en tout genre, s’y mettent… Blague à part, la quantité d’informations qu’un avocat doit traiter au quotidien peut donner le vertige. Edouard d’Oreye, cofondateur et CEO de EisphorIA, en sait quelque chose : il a travaillé 15 ans chez PwC. Il y a notamment occupé la fonction de directeur Tax&Legal.

Comme son nom l’indique, EisphorIA est une start-up active dans l’IA. On peut même dire qu’elle est à la pointe de l’IA. Edouard d’Oreye et ses trois associés (Vsevolod Salnikov, Olivier de Changy et Stanislav Sychev) se positionnent en effet sur le terrain de l’apprentissage auto-supervisé (Self Supervised Learning, SSL), dont Yann Le Cun, le boss français de la recherche en IA chez Facebook, vante les performances et perspectives. Les algorithmes SSL ont déjà permis d’enregistrer des avancées assez spectaculaires dans le domaine des langues. En gros, il ne s’agit plus d’analyser un texte mot à mot, mais dans le contexte où se trouvent ces mots (ce qui permet de créer des corrélations entre eux).

Dans l’approche auto-supervisée, expose le CEO de la jeune pousse namuroise, les algorithmes vont apprendre par eux-mêmes en parcourant des bases de données (lois, jurisprudences, etc.), sans avoir besoin d’une supervision humaine. "Ça a été notre angle d’attaque dès le début. Les solutions que l’on propose permettent de faire des recherches contextuelles à la fois plus rapides et plus efficaces que les solutions traditionnelles (à savoir des approches supervisées, où les avocats doivent entraîner eux-mêmes les algorithmes, ce qui prend du temps, NdlR). On offre une toute nouvelle expérience en matière d’investigation de données juridiques." Vsevolod Salnikov, l’expert en IA du quatuor, complète : "Nos algorithmes font de la recherche contextuelle automatisée. Au lieu de regarder quelques mots-clés, ils vont regarder les documents en fonction du contexte dans lequel ils se trouvent. Nous sommes quasiment les seuls, aujourd’hui, à pouvoir proposer un déploiement immédiat de ce type de solutions".

Lever des fonds pour accélérer

EisphorIA a construit une plateforme en ligne complète, en ce sens qu’elle intègre la recherche contextuelle, mais aussi des fonctionnalités relatives à l’organisation de cette recherche et à la collaboration. "Notre produit, détaille Olivier de Changy, cofondateur et chargé de la commercialisation, peut être déployé sur n’importe quel ensemble de données textuelles. On a créé un Data Hub avec toute une série de jeux de données juridiques (Fisconet, Cour Constitutionnelle, La Chambre, Juportal, Curia, Legilux, Legifrance, etc., NdlR). Les bureaux d’avocats peuvent y faire leurs recherches tout en profitant de la puissance de nos solutions". Ils ont aussi la possibilité de faire le même type de recherche appliqué à leurs données internes. Même chose pour la documentation fournie par leurs clients (notamment dans les cas de procédures d’arbitrage).

EisphorIA se concentre, actuellement, sur les cabinets d’avocats situés en Belgique et au Luxembourg (où elle a signé un partenariat avec le cabinet Luther). Elle a déjà identifié des opportunités à Paris, Londres, en Allemagne, en Suisse,… À terme, la start-up pourrait aussi s’intéresser aux départements juridiques des entreprises.

La priorité d’EisphorIA, pour les tout prochains mois, sera d’accélérer le marketing et la vente de ses solutions. "On a prévu de faire une levée de fonds d’ici la fin de l’année pour passer à la vitesse supérieure. On cherche de l’ordre de 500 000 euros. Nous avons une technologie hyper scalable. Notre stratégie est d’attaquer le marché de façon massive pour imposer EisphorIA comme un acteur de référence", conclut Edouard d’Oreye.

Ce qu'il faut encore savoir

EisphorIA a été fondée en 2019 par Edouard d’Oreye (CEO) et Vsevolod Salnikov (CTO). Ils ont été rejoints par Olivier de Changy (CMO) et Stanislav Sychev (UX/UI).

Investisseurs: fonds propres et imec.istart.

Site: https://eisphoria.com/

Particularité: Olivier de Changy, l'un des fondateurs, a travaillé durant six ans au siège de Cisco (HQ) situé dans la Silicon Valley. “La force de la Belgique, dit-il, ce sont ses incroyables talents. Ce qui nous manque parfois un peu, c’est l’énergie entrepreneuriale que l’on trouve en Silicon Valley.”