En d'autres mots, la CREG, la commission de régulation du secteur, accuse Electrabel d'avoir gonflé artificiellement les prix, ce qui pourrait lui rapporter "au moins 100 millions d'euros" sur un an, a-t-elle estimé jeudi lors d'une conférence de presse. "Au cours de notre étude, que nous avons entamée d'initiative, nous avons constaté des pics de prix horaires entre fin octobre et décembre 2007 - avec des prix allant jusqu'à 2.500 euros/MWh - ainsi que de fin avril à début mai", a expliqué Dominique Woitrin, directeur du fonctionnement technique des marchés à la CREG.

"En entrant dans le détail, ce que nous avons vu, c'est qu'Electrabel avait fait des offres d'achats pour de grands volumes à des prix très élevés alors que parallèlement, elle n'utilisait pas de la capacité de production disponible", a poursuivi le responsable. "Ces offres indiquaient au marché qu'un acteur était prêt à débourser ces prix élevés, supérieurs au coût marginal de n'importe quelle unité de production", a-t-il ajouté.

Selon la Commission de régulation, l'analyse de toutes les heures de 2007 et du premier semestre 2008 laisse par ailleurs apparaître que cette technique a été "très fréquemment utilisée". Or, l'absence de pics de prix et l'utilisation de l'ensemble des capacités de production auraient permis de réduire les prix moyens, sur la bourse énergétique Belpex, de 1,21 euro/MWh en 2007 et même de 2,30 euros/MWh au premier semestre de l'année suivante.

Autre constatation de la CREG: il existe en Belgique un "lien étroit" entre les prix "spot" (prix instantanés) et les prix "forward" (prix futurs) qui servent de base à la tarification d'Electrabel. En d'autres mots, en poussant à la hausse les prix spot, l'entreprise aurait par la même occasion influencé sa future tarification, ce qui pourrait lui rapporter "au moins 100 millions d'euros" pour l'année 2007, a estimé le régulateur du secteur. "Nous avons clairement mis le doigt sur un mécanisme de manipulation et de distorsion du marché", a de son côté souligné Bernard Lacrosse, un autre responsable de la CREG, sans pour autant pouvoir affirmer que cette technique contrevient à un quelconque règlement. "Mais nous ne nous arrêterons pas en chemin", a-t-il ajouté en évoquant un suivi "économique et juridique" de l'étude.

Cette dernière avait déjà été largement commentée par Electrabel elle-même la semaine dernière, au cours d'un point presse. L'électricien belge s'était défendu en affirmant que le 15 novembre 2007 - jour ayant particulièrement attiré l'attention de la CREG - il avait dû faire face à des travaux de maintenance, à une panne et à un temps particulièrement froid. "Electrabel n'avait aucun intérêt à faire monter les prix puisqu'elle est elle-même acheteuse", avait souligné son administrateur délégué Jean-Pierre Hansen.