Une nouvelle étape vient d'être franchie dans la réalisation de la "Pax Electrica II" censée renforcer la concurrence sur le marché belge de l'énergie dans le cadre de la fusion entre Suez (maison mère d'Electrabel) et Gaz de France. Lors d'une rencontre lundi soir, le Premier ministre Guy Verhofstadt, Jean-Pierre Hansen et Luc Sterckx, les patrons d'Electrabel et SPE, ont conclu un "accord de principe portant sur les conditions de la mise à la disposition en Belgique de 635 MW de capacité nucléaire d'Electrabel à SPE" , souligne un communiqué publié hier. Les 100 premiers MW consistent en un échange avec Chooz. Autrement dit, SPE qui est le deuxième producteur d'électricité en Belgique (avec une part d'environ 10 pc contre plus de 80 pc pour Electrabel) va troquer des mégawatts nucléaires français contre des MW en Belgique. Les 250 MW suivants sont vendus à SPE, "ce qui augmente sa propriété en indivision dans les centrales belges" . "La dernière tranche de 285 MW consiste en un contrat de livraison à long terme portant jusqu'en 2025 au moins" , poursuit le communiqué.

A quel prix ces opérations sont réalisées ? Ni du côté d'Electrabel, ni du côté de SPE, on donne ces informations "strictement confidentielles". A la SPE, on estime également qu'il est "prématuré" d'évaluer l'impact sur le coût de production et sur le prix final qui sera payé par le client.

Du côté de chez Verhofstadt, en revanche, on se montre plus encourageant. "Grâce à l'activité nucléaire complémentaire, SPE dispose d'une importante source d'énergie compétitive et est mieux armée pour faire face à la concurrence sur le marché belge de l'électricité... L'exécution de cet engagement constitue, avec la vente de Distrigaz imposée par la Commission européenne à l'occasion de la fusion entre Suez et GDF, la base de la présence de plusieurs acteurs de premier plan sur notre marché de l'énergie. Cette présence doit entraîner une concurrence accrue et des prix plus attractifs pour les consommateurs et les entreprises", conclut le communiqué.

Tim Vermeir, avocat spécialisé dans les matières énergétiques chez Loyens, se montre sceptique face à de telles affirmations. "La mesure annoncée renforce avant tout la position de SPE et la situation de duopole", souligne-t-il. Pour véritablement accroître la concurrence, il faudrait, selon lui, un troisième acteur (comme le veut Verhofstadt) avec de la capacité nucléaire.

Et Distrigaz ?

Et ce troisième acteur pourrait être EDF qui fait partie des candidats à la reprise de Distrigaz (qui se fera sous forme d'échange d'actifs). Les autres étant, comme l'annoncent "L'Echo" et "Le Soir", l'allemand E.ON, l'espagnol Iberdrola, l'italien ENI, le néerlandais Nuon associé au danois Dong, SPE et son actionnaire britannique Centrica. Sans oublier le droit de préemption dont dispose Publigaz (qui regroupe les intérêts des communes belges dans le secteur gazier) qui pourrait s'associer avec RWE et Exmar.

On sait que Suez, qui devrait arrêter une "short list" de candidats le 19 mars, a tout l'air d'apprécier la candidature d'EDF qui pourrait aussi acheter la participation de GDF dans SPE et payer le tout en offrant des actifs alléchants comme une centrale hydraulique (voire nucléaire). Mais Guy Verhofstadt s'est opposé à cette solution qui augmenterait encore l'emprise des Français sur l'énergie belge et n'irait pas dans le sens de la mise en place d'un troisième acteur de taille en Belgique.