N'en jetez plus !" C'est ce que doit se dire Electrabel au vu de toutes les attaques dont la filiale de Suez fait l'objet ces derniers temps. On pourrait même dire que cela se précipite : Greenpeace monte au front juste avant l'émission "Questions à la une" (RTBF) où Electrabel en prend pour son grade et au moment où une série de personnalités appellent la Belgique à prendre ses distances par rapport au nucléaire.

Mardi, Greenpeace a présenté sa nouvelle campagne intitulée "Tous plumés par Electrabel". Ce film d'animation (disponible sur le site) qui sera projeté dans des lieux publics vise à montrer comment le consommateur belge, "via une facture d'électricité record en Europe, a permis et permet encore, à Electrabel/Suez de réaliser des bénéfices exceptionnels et ce, suite à l'amortissement anticipé de ses réacteurs nucléaires et centrales au charbon" . L'association environnementale rappelle que la Creg (le régulateur fédéral) a estimé à 11 milliards d'euros les "profits non anticipés" (liés à l'amortissement accéléré des centrales nucléaires) : 3,3 milliards pour la période 1985-2004 et le solde pour la période allant jusqu'en 2025. Elle appelle donc le futur gouvernement et son ministre du "Développement durable" à récupérer cette somme afin de l'affecter exclusivement au " développement de l'efficacité énergétique et des énergies renouvelables" . L'ONG rejette aussi l'argument d'Electrabel qui " tente de nous faire croire que son électricité respecte l'environnement" . " C'est faux" , rétorque Fawaz Al Bitar, responsable de la campagne Climat de Greenpeace.

Stabilité des prix

Du côté d'Electrabel, on réfute en bloc ces accusations : "Ce n'est pas vrai que les amortissements accélérés n'ont pas profité aux consommateurs. Cela nous a permis de garantir des prix stables depuis 2001" , explique Lut Vande Velde, porte-parole du groupe belge. Depuis 2001, la hausse est, selon elle, limitée de 1 à 3 pc en Belgique alors que la montée des prix dans des pays comme l'Allemagne et les Pays-Bas est comprise entre 26 et 28 pc.

Autre point mis en avant : " Electrabel est le premier producteur vert dans le pays" .

Enfin, le groupe s'oppose à l'idée d'une taxe. "Ce n'est jamais une taxe qui fait baisser les prix", poursuit la porte-parole. Et d'ajouter que le vrai défi est de prendre des mesures qui permettront d'investir dans les capacités de production pour éviter que le pays importe de l'électricité (13 pc des besoins totaux actuellement).

Simons & Cie

Dans le même temps, un certain nombre de personnalités politiques ou du monde universitaire (issues essentiellement des mouvances socialiste et Ecolo) ont écrit une carte blanche. Le message envoyé au futur gouvernement (qui peut être lu sur le site www.duurzaam-energie-durable.be) est de prendre les mesures énergétiques qui s'imposent. Les signataires (Henri Simons, André Mordant, François Martou, etc.) s'insurgent contre une politique qui serait tout acquise au nucléaire. Ils poussent à confirmer la fermeture des centrales Doel 1 et 2, et "à donner ainsi des perspectives industrielles à de nouveaux producteurs d'électricité en attente de signaux clairs" .

De manière moins radicale que Greenpeace, ils s'en prennent aussi à Electrabel : "Dans le contexte actuel d'une mainmise par un monopole français sur notre secteur électrique, la politique énergétique nécessite un changement de cap qui ne peut se traduire par une prolongation entretenue de la dominance du nucléaire dans l'électricité, comme ce fut le cas dans le passé" , écrivent-ils.