Electrabel: pas d’impôt sur ses profits

Entreprises & Start-up

Ariane van Caloen

Publié le

Electrabel: pas d’impôt sur ses profits
© Jean-Luc Flémal

Cela peut paraître incroyable, mais c’est une réalité : Electrabel, le premier producteur d’électricité en Belgique, n’a pas payé d’impôt des sociétés au fisc belge pour l’exercice 2008. Si on excepte bien sûr la "contribution" imposée par le gouvernement aux exploitants nucléaires, dont la quote-part pour Electrabel s’est élevée à 222,4 millions d’euros (sur un total de 250 millions d’euros).

Ces chiffres sortent des comptes sociaux d’Electrabel S.A. Ils ne sont plus distribués au "grand public" puisqu’Electrabel n’est plus une société cotée depuis 2007. Mais nous nous sommes procuré le document.

Comme on peut le voir dans l’infographie ci-dessous, non seulement Electrabel n’a pas payé d’impôts mais en plus la société a eu droit à un crédit d’impôt de 94 millions d’euros. En 2007, elle avait payé des impôts pour 69 millions. Ce qui est déjà beaucoup moins que les quelque 300 millions payés au début des années 2000.

Alors comment expliquer qu’une société comme Electrabel qui faisait des confortables bénéfices opérationnels (supérieurs à 1 milliard d’euros dans les années 2000) soit dans une telle situation ? Il y a derrière ces chiffres beaucoup d’ingénierie financière.

Première explication donnée : le résultat d’exploitation est en léger recul. "Les résultats d’Electrabel SA ont été fortement influencés par la faible disponibilité des centrales nucléaires - arrêts et entretien -, la hausse du coût des énergies fossiles et la hausse du prix du CO². Ces éléments expliquent que dans la présentation de nos comptes consolidés, le résultat opérationnel courant a reculé de près de 20 % (-16 % en organique). 2008 n’a pas été une bonne année pour Electrabel", souligne Guy Dellicour, porte-parole de la maison-mère GDF Suez.

Cette explication ne manque pas d’étonner certains analystes qui font valoir que les prix de revient d’Electrabel pour l’électricité sont probablement plus stables que les prix de vente pratiqués. D’autres se demandent aussi s’il n’y a pas des transferts en faveur de la maison-mère GDF Suez sous forme de divers honoraires pour prestations de services en tout genre.

Autre élément, incontesté celui-là : les charges financières (intérêts de la dette) ont fortement augmenté (à 1,239 milliard) suite aux financements contractés dans le cadre de l’acquisition de la participation en Suez Tractebel. "On a fait de la réallocation de la dette", poursuit Guy Dellicour.

Pour rappel, Tractebel (qui était l’équivalent d’Electrabel mais à l’international) était devenue une filiale de Suez suite à l’OPA lancée en 1999. Mais, elle a été rachetée par Electrabel en 2008. Ce glissement a permis de loger la dette dans Electrabel, une société en cash nette. La dette d’Electrabel s’élevait à 29 milliards d’euros en 2008. Pas négligeable. Cela représente une grande partie de la dette brute totale du groupe GDF Suez.

Autre élément : les intérêts notionnels. Ceux-ci permettent, comme on sait, de déduire (à l’instar des charges d’emprunts) le coût de financement par fonds propres. Et en effet, on voit que les capitaux propres d’Electrabel sont passés de 8,9 à 12,2 milliards d’euros. Cette augmentation est évidemment liée au rachat de Suez Tractebel. Mais, il est impossible de voir, dans les comptes sociaux 2008, le montant des intérêts notionnels dont aurait bénéficié Electrabel. Ils ne doivent pas être négligeables.

Tout mis dans tout, Electrabel affiche pour 2008 un bénéfice de 186 millions d’euros (dont 94 millions de crédits d’impôts) soit 81,5 % de moins que l’année précédente. Mais qu’on ne s’y trompe, cela ne signifie pas qu’Electrabel est en mauvaise posture

Reste à voir comment le gouvernement pourrait analyser ces chiffres, lui qui a le projet de faire passer la taxe dite "nucléaire" de 250 à 500 millions. Mais qui se heurte à une grande résistance des producteurs, dont Electrabel qui conteste cette taxe devant la Cour constitutionnelle.

A lire également

Libre ECO

Immobilier pour vous