Bras de fer en perspective entre le gouvernement belge et le groupe français Suez? Il est encore beaucoup trop tôt pour le dire mais les déclarations de Jean-Pierre Hansen, patron d'Electrabel et numéro deux de Suez ce week-end à nos confrères du «Soir» et du «Standaard», laissent en tout cas présager de négociations très serrées entre l'équipe Verhofstadt et le groupe énergétique au sujet des mesures qui permettront demain d'ouvrir davantage à la concurrence le marché belge du gaz et de l'électricité.

Pour rappel, le Premier ministre entend bien profiter de l'opportunité du rapprochement entre Suez et Gaz de France (GDF), accéléré par la menace d'un raid de l'Italien Enel sur le premier nommé, pour exiger les conditions d'une réelle concurrence sur le front énergétique. Donc plus d'opérateurs - un peu à l'image de l'évolution qu'a connue le secteur de la téléphonie mobile - et des prix à la baisse au profit des consommateurs. Après une première réaction plutôt tiède à l'annonce du mariage franco-français, Guy Verhofstadt n'a pas ménagé ses efforts ces dernières semaines pour occuper le terrain médiatique dans ce dossier, multipliant les rencontres (Jacques Chirac, Dominique de Villepin, Neelie Kroes,...) et les signes de fermeté à l'égard de Suez-GDF. Le Premier ministre n'entend d'ailleurs pas attendre que la Commission européenne se prononce sur le dossier pour exiger du géant français en devenir des engagements clairs et forts.

Le gouvernement belge s'appuie notamment sur les conclusions du rapport de la Creg, la Commission de régulation de l'électricité et du gaz, qui a dressé un «catalogue» de mesures possibles pour doper la concurrence sur le marché belge: vente par Electrabel d'actifs nucléaires, vente par GDF de sa participation dans la SPE, second producteur belge d'électricité, ou encore cession par Suez de ses participations dans Fluxys (en charge du réseau transport de gaz naturel et du très stratégique terminal de Zeebruges), dans Elia (réseau haute tension) et dans Distrigaz (négoce et vente de gaz).

«Le catalogue des mesures du gouvernement ou le rapport de la Commission de régulation de l'électricité et du gaz ne peuvent pas être une base de discussion. Nous y serions fortement opposés. Et une cession pure et simple d'actifs nucléaires (NdlR: Electrabel opère sept réacteurs nucléaires) est exclue parce que je reste partisan d'un opérateur unique pour le nucléaire», a notamment expliqué Jean-Pierre Hansen à nos confrères. Et d'ajouter: «Toute autorité peut prendre des mesures régaliennes mais elles devraient être fondées en droit et le gouvernement devrait en assurer les conséquences.»

«Instruction judiciaire»

Au passage, Jean-Pierre Hansen s'en prend également ouvertement à la Creg et aux conclusions du récent avis transmis au gouvernement belge. Dans les colonnes du «Standaard», il estime que la Creg se profile comme un tribunal, considère Electrabel comme un suspect et compare son étude à une «instruction judiciaire». Jean-Pierre Hansen se pose également des questions sur le rôle de la présidente de la Creg et ses contacts avec des investisseurs potentiellement intéressés par le rachat de centrales nucléaires d'Electrabel: «La présidente de la Creg se considère probablement elle-même comme un banquier d'affaires.»

Jean-Pierre Hansen réfute également l'idée d'une électricité trop chère dans notre pays se basant sur une étude datant de janvier 2006 et comparant les prix belges avec ceux pratiqués dans les pays voisins: «Les prix augmentent ailleurs. Chez nous, ils sont stables.» Et de juger «incompréhensible» le fait que Verhofstadt parle de la baisse des prix de l'électricité comme de son principal souci.

Bref, même si le patron d'Electrabel avait probablement à coeur d'occuper le terrain médiatique après les multiples sorties du Premier ministre, sa détermination laisse augurer de négociations ardues entre le fédéral et Suez-Electrabel. Et potentiellement électriques....

© La Libre Belgique 2006