De l'aveu même d'un analyste, le prospectus de l'offre publique d'achat et d'échange de Suez sur Electrabel, disponible depuis hier lundi sur le site de Suez(1), n'est «pas si mauvais que cela », et même plus précis que beaucoup d'autres prospectus, mais il le laisse sur sa faim sur certains points. C'est essentiellement les commentaires sur le nucléaire qui le mettent «mal à l'aise».

Pour établir la valorisation d'Electrabel, le groupe Suez n'a pas tenu compte de l'hypothèse d'une extension de la durée de fonctionnement maximale des installations nucléaires belges. En cela, il se montre «politiquement correct» par rapport à un choix qui a été fait du temps où les Ecolos étaient au pouvoir.

Prévisions conservatrices

Le prospectus note qu'une telle extension, rendue possible par une modification de la législation, «s'accompagnerait d'investissements et de coûts additionnels destinés à préserver la sécurité et l'efficacité des sites concernés. Par ailleurs, le niveau des investissements nécessaires et la rentabilité économique d'une extension ne peuvent être appréciés à ce stade». Une phrase jugée quelque peu «hypocrite» compte tenu des études qui existent en la matière.

Au sein même d'Electrabel, des études réalisées il y a quelques années sur la rentabilité d'un éventuel prolongement de Doel I et II n'étaient pas arrivées à des conclusions évidentes. Mais les autres centrales nucléaires sont plus performantes et c'était à l'époque où les combustibles fossiles étaient nettement moins chers. Pour de nombreux spécialistes, un prolongement des centrales nucléaires serait donc, dans les conditions actuelles, certainement favorable à Electrabel. «Suez est à même de donner les flux de trésorerie à un horizon de 40 ans, mais ne donne aucune opinion sur la loi nucléaire», s'étonne un spécialiste.

Un analyste met également en avant les prévisions de bénéfices pour Electrabel «très conservatrices». Le ratio cours/bénéfice attendu pour 2005 est de 20,3, ce qui suppose une croissance du bénéfice de 1pc pour le groupe belge.

Le prospectus note que la prime offerte par rapport à la valeur obtenue sur base de différents ratios oscille entre 11pc et 50pc.

On retrouve également dans le prospectus l'avis in extenso du conseil d'administration. Lequel ne réserve pas de grandes surprises à partir du moment où l'abstention de l'administrateur Luc Hujoel (un des deux représentants des intercommunales) était connue.

Le conseil demande quand même quelques précisions, notamment sur les conséquences pour l'actionnaire d'Electrabel qui déciderait de ne pas apporter ses titres à l'offre ou encore sur la manière de procéder pour mettre en oeuvre la société européenne.

Pas de frais

Il lance aussi un appel à l'offrant pour prendre des mesures destinées à faciliter le réinvestissement d'actions Electrabel en Suez comme la prise en charge des frais de transaction dans le cas où le titulaire de titres Electrabel voudrait réinvestir son cash en actions Suez. Il encourage aussi l'offrant à prendre des initiatives pour pallier les inconvénients fiscaux (double précompte mobilier) liés à l'investissement boursier dans une société française.

Ces deux demandes sont restées sans écho. La première pour des raisons juridiques et pratiques, car les frais demandés en cas d'achat d'actions varient d'une institution à l'autre. Cela aurait donc posé un problème d'égalité de traitement. A noter que celui qui veut apporter ses titres Electrabel à l'offre n'aura aucun frais à payer s'il s'adresse à l'une des banques guichets (ING, Dexia, Fortis, Degroof et Petercam).

(1) Webhttp://www.suez.com

© La Libre Belgique 2005