Nouvelle polémique en vue au sein de l’exécutif wallon mettant en cause le ministre régional Philippe Henry (Ecolo), en charge notamment de l’Environnement et de l’Aménagement du territoire. Celui-ci tarde à octroyer le permis d’urbanisme pour la construction d’une canalisation devant assurer la connexion en gaz naturel de la future centrale électrique de Marcinelle Energie, située à Marchienne-au-Pont. Or, le délai pour la délivrance du permis est dépassé depuis le 22 février. Mais ce délai n’étant pas de rigueur, les auteurs du projet (centrale électrique, canalisation) sont à la merci du ministre Henry. Mais lors de réunions tenues à son cabinet les 24 février et le 10 mars, celui-ci a fait état de nouvelles préoccupations. Arguant de problèmes de sécurité en raison de la proximité du tracé de la canalisation avec la carrière des Calcaires de la Sambre et l’absence de l’avis des pompiers, le cabinet Henry réclame l’introduction d’une nouvelle demande de permis avec une étude d’incidences. Or, "l’avis des pompiers n’est pas requis dans le cas d’espèce. A l’estime de Fluxys et de Marcinelle Energie, une telle procédure nécessiterait environ une année complémentaire, à ajouter aux 6 mois de retard déjà subis et n’apporterait aucun élément complémentaire. L’étude d’incidences conduirait à une consultation publique qui a déjà été réalisée au travers des deux enquêtes publiques et mettrait en avant les impacts éventuels et les possibilités d’alternatives d’ores et déjà étudiées dans le dossier", lit-on dans une note de Duferco Diversification datée du 10 mars 2010 et dont "La Libre" a eu connaissance.

Or, Marcinelle Energie a obtenu en septembre 2007 le permis unique pour la construction et l’exploitation de sa centrale électrique. Sa construction devrait être achevée en avril 2010. Par ailleurs, Fluxys, gestionnaire du réseau de transport de gaz naturel, a obtenu, le 25 janvier 2010, du ministre fédéral de l’Energie Paul Magnette l’autorisation de transport conformément au tracé proposé par l’opérateur. Le ministre Magnette a également signé le 23 décembre 2009 la déclaration d’utilité publique pour la canalisation de gaz à construire, toujours conformément au tracé proposé par Fluxys. La connexion électrique devrait être achevée en mai 2010.

En définitive, le projet porté par Fluxys et Marcinelle a reçu deux des trois autorisations dont il a besoin pour être concrétisé et être opérationnel. Il ne lui manque donc que le permis d’urbanisme pour ce faire. D’autres conditions préalables à la concrétisation du projet sont déjà aussi rencontrées. La Région wallonne a octroyé le 28 février 2008 les quotas de CO2 pour les trois prochaines années (2010, 2011, 2012) dans le cadre de son plan d’allocations. Le ministre Benoît Lutgen (CDH) a aussi approuvé, il y a 2 ans, le plan de réhabilitation de la friche industrielle devant accueillir la centrale électrique de Marcinelle Energie.

Contactée par nos soins, la porte-parole de Duferco, maison-mère de Duferco Diversification, nous a indiqué que le groupe était toujours en attente de son permis d’urbanisme. Ayant pour l’instant des réunions avec le cabinet Henry sur le sujet, il ne souhaite pas s’exprimer dans la presse pour l’instant. "On parle ici d’une conduite de gaz qui fait un mètre de diamètre et qui est à proximité d’une carrière avec des tirs de mines. Par conséquent, il est important d’avoir une sécurisation tant juridique que physique pour éviter des recours. Une rencontre est prévue avec Fluxys pour étudier des alternatives avec eux", nous a indiqué le porte-parole de Philippe Henry.

Mais les auteurs du projet s’impatientent. "Marcinelle Energie et les sociétés associées ne peuvent pas mettre en œuvre les 35 embauches déjà programmées en décembre 2009/janvier 2010. En particulier, le plan de formation initiale (PFI) prévu avec le Forem ne peut être signé. Fluxys ne peut lancer les travaux (dont la durée, incompressible, est de 6 mois). Chaque jour passé est un jour de retard pour la mise en service de la centrale, ceci entraînant des pénalités pour Marcinelle Energie et un impact financier très lourd pour les actionnaires de Marcinelle Energie (Enel et Duferco) sur ce projet où l’investissement (310 millions d’euros) a déjà été effectué dans sa grande majorité", indique encore la note du 10 mars.