La fusion entre Suez (maison-mère d'Electrabel) et Gaz de France (GDF) pose-t-elle un problème de concurrence en Belgique? La Commission européenne devra répondre à cette question.

En attendant, on peut se demander dans quelle mesure GDF est, en Belgique, un outsider qui empêche Electrabel de dicter sa loi en matière de prix. Sur la clientèle résidentielle (où le marché a été libéralisé uniquement en Flandre), c'est le fournisseur Citypower (groupe SPE dont GDF est actionnaire à 25 pc) qui est le «plus compétitif» en matière d'électricité, estime Vincent Labarre, spécialiste du marché de l'énergie chez Test-Achats. Même s'il détient une part de marché limitée à 1,48 pc, Citypower et donc GDF contribuent à amener un (tout petit) peu de concurrence. Mais «Citypower se bat avec ses moyens», poursuit M. Labarre. De fait, la SPE, le seul concurrent d'Electrabel en matière de production, a un prix de revient nettement plus élevé qu'Electrabel. Son parc de production est en effet constitué essentiellement de centrales à gaz alors que 55 pc de la production d'Electrabel en Belgique est faite à partir de centrales nucléaires presque totalement amorties. Il ne juge donc pas pertinente la comparaison donnée par Eurostat en matière de prix qui montre que les prix n'ont quasiment pas augmenté en Belgique. En France, «les prix hors taxes n'ont pas bougé», souligne-t-il. Les prix aux Pays-Bas et en Allemagne ont, eux, beaucoup augmenté. Mais «c'est parce qu'ils utilisent les combustibles fossiles», remarque-t-il.

De plus, selon lui, les comparaisons réalisées par Eurostat sont biaisées. Car ces chiffres se basent sur les tarifs bihoraires qui concernent moins de 50 pc des Belges. Et à l'entendre, si le prix n'a pas explosé, en particulier en Flandre, c'est grâce aux nettes baisses des tarifs de distribution et de transport, qui sont contrôlés par la Commission de régulation de l'électricité et du gaz (Creg).

Contrats bilatéraux

Pour ce qui est de la clientèle industrielle, la situation au niveau des prix est plus complexe. «95 pc de l'électricité est vendue à travers des contrats bilatéraux. Electrabel met des clauses de confidentialité», souligne Peter Claes, vice-président de Febeliec (qui regroupe les grands consommateurs industriels d'énergie). Pas moyen donc d'avoir les tarifs pratiqués. Ce qui est sûr, c'est que toutes les entreprises ne sont pas sur un pied d'égalité. Mais, pour Peter Claes, «les prix actuels mettent en danger la compétitivité» de certaines sociétés.

Pour ce qui est du gaz, GDF est le principal concurrent de Distrigaz (contrôlé par Suez). Mais, comme le soulignait à «La Libre» le spécialiste Jean-Pierre Pauwels, cette concurrence se fait à «coup de cents». Car, devant importer le gaz, aucune des deux sociétés n'a de prise sur les coûts de production.

© La Libre Belgique 2006