Eli Lilly ferme son centre belge de R&D

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Sandrine Vandendooren

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Eli Lilly ferme son centre belge de R&D
© TANGUY JOCKMANS

Depuis mercredi, la Belgique est un peu moins une terre de recherche pharmaceutique. La firme américaine Eli Lilly, rendue célèbre grâce à son antidépresseur Prozac, a, en effet, annoncé, hier lors d'un conseil d'entreprise extraordinaire, son intention de fermer son centre de recherche de Mont-Saint-Guibert, dans le Brabant wallon. Ce site, qui emploie 330 personnes, dont de nombreux chercheurs, fait partie des cinq grands centres de R&D (avec UCB, Pfizer, GSK Biologicals et Janssen Pharmaceutica) que compte le pays en pharmacie.

De passage à Bruxelles, il y a un an, Sidney Taurel, le grand patron d'Eli Lilly, avait stigmatisé les conditions de remboursement de nouvelles molécules en Belgique, «le pire environnement d'Europe en la matière». Et de brandir la menace d'une délocalisation dans un entretien à «La Libre» (LLB du 19/5/2005): «La politique belge pourrait à terme remettre en question nos investissements en Belgique. Si on n'obtient pas l'accès au marché belge de nos produits, on ne peut pas continuer à avoir une infrastructure telle en Belgique.» La fermeture du siège de Mont-Saint-Guibert constitue-t-elle la mise à exécution de cette menace? «Non, pas du tout, répond Stefaan Willems le porte-parole d'Eli Lilly à Mont-Saint-Guibert. Le dialogue entre l'industrie et le gouvernement s'est amélioré depuis un an. Nous reconnaissons ses efforts en matière de remboursement des médicaments.»

Surcapacités en R&D

Alors pourquoi une décision si radicale? «La fermeture du site est le résultat d'une réflexion sur la R&D au niveau du groupe. Celle-ci a démontré qu'il y avait une surcapacité au niveau de la toxicologie et du développement chimique, deux spécialités de Mont-Saint-Guibert», poursuit le porte-parole. Le site belge n'est pas le seul concerné; le centre d'Hambourg (150 personnes) est aussi condamné. Leurs activités seront transférées au quartier général du groupe aux Etats-Unis. Le laboratoire américain ne comptera plus que deux centres de R&D en Europe (un en Angleterre et un Espagne). Il a aussi fait part de son intention de fermer son site de production de Basingstoke, au sud-ouest de Londres qui occupe 450 employés.

Cette rationalisation peut paraître surprenante quand on sait qu'Eli Lilly est considéré comme ayant l'une des recherches les plus productives du secteur. Depuis 2001, le laboratoire a lancé une dizaine de nouvelles molécules, dans des domaines qui vont de l'oncologie à la neurologie alors que sur la même période, l'industrie du médicament accusait une chute de 40 pc de la productivité de sa R&D. «Nous investissons toujours 20 pc de notre chiffre d'affaires en R&D (la moyenne du secteur est de 15 pc, NdlR), argumente le porte-parole de la direction. Le groupe n'est pas en difficulté mais il doit se préparer à l'avenir vu l'environnement mondial de plus en plus difficile: pressions sur les prix et les remboursements, augmentation des coûts de développement des médicaments, prudence accrue en termes d'enregistrement.»

Le personnel sous le choc

A noter que le site de Bruxelles, qui emploie plus de 200 personnes chargées de la commercialisation et des études cliniques, n'est pas concerné.

Les 330 employés du siège de Mont-Saint-Guibert sont sous le choc. «On ne s'y attendait pas d'autant plus que c'est une entreprise de pointe dans le parc scientifique de Louvain-la-Neuve qui se porte bien, qui perçoit des subsides de la Région wallonne et qui est une des grandes locomotives dans le cadre du Plan Marshall», explique Jean-Raymond Demptinne de la CNE. Et de souligner: «Depuis février, c'est la 5 éme entreprise de recherche qui annonce sa fermeture dans le parc scientifique de LLN.» Les syndicats demanderont, lundi, lors du conseil d'entreprise, de suspendre la procédure de la loi Renault pendant les vacances et de reprendre les consultations après le 15 août.

© La Libre Belgique 2006

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