Le groupe veut passer d'une croissance annuelle moyenne dans les renouvelables de 3 GW actuellement "à 4 GW entre 2022 et 2025, puis à 6 GW entre 2026 et 2030", a-t-il indiqué dans un communiqué. Il devrait ainsi disposer d'une capacité totale installée de 50 GW en 2025 et 80 GW en 2030, contre 31 GW (détenus à 100 %) aujourd'hui.

"Nous repositionnons Engie pour être en capacité de saisir les importantes opportunités de croissance sur nos marchés", a souligné la directrice générale Catherine MacGregor, qui a pris ses fonctions en début d'année.

Le groupe dévoile ces nouveaux objectifs à l'heure où d'importants concurrents issus de l'activité pétrolière, comme Shell ou Total, se mettent aussi à investir massivement dans l'éolien ou le solaire.

Engie annonce au passage s'engager sur un objectif "net zéro carbone" à l'horizon 2045 sur tous les scopes, c'est-à-dire en prenant aussi en compte les effets indirects de son activité.

Outre les renouvelables et les solutions énergétiques (réseaux urbains de chaud et de froid, production décentralisée d'énergies...), Engie va continuer de s'appuyer sur les infrastructures (comme les réseaux de transport de gaz) et la production thermique (centrales à gaz).

En revanche, le groupe compte se séparer à terme d'une bonne partie de ses activités de services, renommées "Bright", une intention qu'il avait déjà annoncée.

"La mise en place d'une gestion indépendante de 'Bright' au sein d'Engie au 1er juillet 2021 est une priorité", réaffirme-t-il.

Sont concernées des activités d'installations électriques, chauffage, ventilation et climatisation ainsi que les services liés à l'information et la communication. Le périmètre représente 12 à 13 milliards d'euros et 74 000 salariés, dont 28 000 en France.

Fin de Doel 3 et Tihange 2

Sur la période 2021-2023, Engie indique viser au total 9 à 10 milliards d'euros de cessions, ainsi que des investissements de croissance de 15 à 16 milliards d'euros (dont 40-45 % pour les renouvelables), a-t-il précisé mardi.

L'ex GDF Suez s'est lancé depuis plusieurs années dans une profonde mutation et se veut un champion de la transition énergétique.

Il s'était engagé en février à sortir du charbon, très polluant et émetteur de carbone, en Europe d'ici 2025 et dans le monde d'ici 2027.

Engie précise mardi privilégier les options de sortie dans l'ordre suivant : fermeture, conversion et cession. Cette dernière option, très critiquée par les ONG car synonyme de poursuite de l'activité polluante, "n'est envisagée que dans les cas où les autres options ne sont pas possibles".

Le groupe a aussi déjà acté la sortie progressive du nucléaire en Belgique, où il exploite sept réacteurs. Il prévoit de commencer par la fermeture de Doel 3 en octobre 2022 puis celle de Tihange 2 en février 2023, a-t-il détaillé.

Résultats en hausse

Outre ces annonces stratégiques très attendues, Engie a aussi publié mardi des résultats en hausse pour le premier trimestre et confirmé ses objectifs annuels.

Son chiffre d'affaires a avancé de 2,3 % à 16,9 milliards d'euros, son excédent brut d'exploitation (Ebitda) progressant de 5,3 % à 3,2 milliards d'euros, grâce notamment à une meilleure disponibilité du nucléaire belge et des prix de l'électricité plus élevés en Europe.

Ces nouvelles étaient bien accueillies à la Bourse de Paris, où l'action Engie prenait 3,10% à 13,11 euros vers 09H50, dans un marché en hausse de 0,44%.

Rappelons qu'une décision finale concernant la prolongation de Doel 4 et Tihange 3 sera prise, en novembre prochain, par le gouvernement fédéral. Or Engie a fait savoir à de nombreuses reprises qu'une décision de prolongation aurait dû intervenir pour la fin 2020. Sans quoi, les centrales nucléaires risquent de ne pas être prêtes à produire pour l'hiver 2025-2026 si elles devaient finalement être prolongées. Comment réagira le groupe français si les autorités belges décident finalement en novembre 2021 de prolonger les deux réacteurs? "Notre décision n'a pas changé, a répondu Catherine MacGregor. En février, nous avions dit que notre scénario de travail était qu'il n'y aurait pas de prolongation. Nous sommes maintenant en mai. Plus le temps avance, plus la probabilité d'une prolongation du nucléaire baisse".