Twitter s'apprêtait mercredi à fixer son prix définitif d'entrée en Bourse, parti selon les médias pour dépasser les attentes et valoriser le site de microblogs à quelque 15 milliards de dollars sur fond de forte demande des grands investisseurs.

L'annonce du prix définitif est attendue seulement en soirée, pour un début de cotation jeudi sur le New York Stock Exchange.

Des gestionnaires de fonds d'investissement ont toutefois indiqué au Wall Street Journal que ce prix devrait être compris entre 25 et 28 dollars par action. Les banques qui conseillent Twitter s'orienteraient a priori vers 27 dollars.

Après une première semaine de tournée auprès des grands investisseurs institutionnels (fonds, banques...), Twitter avait déjà décidé lundi de relever le prix auquel il comptait mettre ses actions en Bourse, entre 23 et 25 dollars contre 17 à 20 dollars visés jusque là. Le prix désormais envisagé serait encore supérieur, signe de l'intérêt suscité par la société.

"Les investisseurs voient les médias sociaux et le mobile comme indispensables, et ce n'est donc pas une surprise si l'entrée en Bourse de Twitter crée tant d'excitation et que la demande dépasse l'offre", commente Eden Zoller, une analyste du cabinet de recherche Ovum, dans un commentaire par courriel.

Twitter prévoit de mettre sur le marché 70 millions de titres avec une option de surallocation pour 10,5 millions supplémentaires, soit entre 12,8% et 14,5% de son capital.

A 27 dollars par action, la levée de fonds se chiffrerait à 1,89 milliard de dollars sans l'option de surallocation, et 2,17 milliards avec.

C'est loin des 16 milliards de dollars levés en mai 2012 par le plus grand rival Facebook, qui détient le record de la plus grosse introduction en Bourse dans le secteur technologique aux Etats-Unis. Mais Twitter ferait jeu à peu près égal avec le géant de l'internet Google qui occupe pour l'instant la deuxième place avec 1,92 milliard de dollars récoltés en août 2004, selon des données du cabinet de recherche Dealogic.

Sur la base d'environ 555 millions de titres Twitter en circulation après l'introduction en Bourse (en tenant compte de l'option de surallocation), un prix de 27 dollars valoriserait l'ensemble du site de microblogs à près de 15 milliards de dollars.

C'est beaucoup pour un groupe qui n'a jamais dégagé de bénéfices (il a encore accusé une perte nette de 134 millions de dollars sur les neuf premiers mois de 2013 pour un chiffre d'affaires de 422 millions) et dont la base d'utilisateurs est bien plus petite que celle de Facebook (232 comptes actifs fin septembre contre 1,19 milliard).

"Il sera critique pour Twitter de réagir rapidement et efficacement après son entrée en Bourse pour (...) améliorer sa croissance et sa rentabilité", prévient Eden Zoller, soulignant notamment "l'urgence" de développer les recettes publicitaires en dehors des Etats-Unis.

Les trois quarts des utilisateurs actuels, et les principales opportunités de croissance du réseau, sont à l'international, sur des marchés où la publicité en ligne est souvent moins mature et rapporte donc moins qu'aux Etats-Unis. Twitter "ne peut littéralement pas se permettre de ne pas monétiser cette base", note Eden Zoller.

Twitter est l'entrée en Bourse la plus attendue aux Etats-Unis depuis celle de Facebook, dont il doit éviter de répéter les erreurs: après une première séance de cotation émaillée par d'importants problèmes techniques, Facebook avait vu son cours dévisser pendant plusieurs mois.

S'il veut éviter de voir lui aussi son cours décrocher, Twitter doit éviter de fixer un prix d'introduction trop élevé. Il doit néanmoins maximiser les recettes de l'opération et ne pas fixer un prix trop bas. Si le cours s'envole le premier jour de cotation, c'est qu'il aura visé trop bas.

Le cabinet de recherche Pivotal estimait encore mardi dans une note que l'action risquait d'être "hautement volatile" immédiatement après l'entrée en Bourse mais qu'elle maintiendrait probablement une trajectoire à la hausse. Il évalue lui-même l'action à 29 dollars.