Épargner presque 38 milliards d’euros de plus entre 2012-2015, c’est l’objectif annoncé vendredi par la vice-présidente du gouvernement espagnol, Soraya Sáinz de Santamaría: "Nous voulons une administration proche, plus efficace, fiable et transparente. C’est un travail de géants, titanesque, inédit dans notre histoire".

L’étalon Limpid risque de devenir, dans la presse, le symbole de cette grande réforme. Né en 1995, ce pur-sang anglais bai subira le sort de l’entité publique Cría Caballar (élevage de chevaux), propriété des forces armées espagnoles - et l’un des 34 départements de l’Etat que Mariano Rajoy a décidé de "sacrifier". Au total, 57 autres entités de l’Etat devront "fusionner" avec leurs équivalents de niveau régional ou "s’intégrer" dans des services ministériels plus larges.

L’Institut de sécurité sociale

Parmi les réformables, figure l’Institut de sécurité sociale, celui de la consommation ou la Direction générale pour l’égalité des chances.

Les fonctionnaires seront déplacés en fonction des besoins; il y aurait pour eux une trésorerie unifiée par Madrid. Les achats de matériels des différentes administrations devraient se faire en commun. L’Etat mettra à la vente 15 000 immeubles "qu’on n’utilise pas ou à peine".

Le contrôle de tous les comptes

Pour Mariano Rajoy, ces mesures sont destinées à réduire les budgets mais aussi "à éviter des doublons" entre la capitale et les régions. Le quotidien catalan "La Vanguardia" souligne que l’objectif de Madrid est aussi le contrôle de tous les comptes bancaires publics.

Le patron du Parti socialiste, Alfredo Rubalcaba, a déclaré: "Je suis prêt à un accord sur la réforme des administrations publiques, mais je viens de dire à Rajoy que nous avons déjà une mauvaise expérience de sa réforme de l’administration municipale".

Parmi les exemples de fondations et consortiums à abattre, selon le plan Rajoy, on trouve l’Auditorium de Malaga (pas encore créé), le Conseil de la jeunesse d’Espagne, le Centre d’investigation sur le changement climatique de Saragosse, Solar Decathlon - présenté en 2010 pour créer des habitations fonctionnant à l’énergie photovoltaïque.

Sont aussi prônées la suppression des cours des comptes régionales, celle des instituts d’opinion des régions et des ombudsmen, tandis que les parlements des 17 régions autonomes sont "invités" à minimiser le nombre de leurs députés.

Quelques régions, même parmi celles gouvernées par la droite, ne l’entendent cependant pas de cette oreille. Certains pouvoirs régionaux parlent d’"ingérence", tandis que la province/région de Madrid a l’intention de garder sa propre cour des comptes.

Le projet de suppression de ces dernières semble très théorique (voir ci-contre), même si le ministre national des Finances, Cristóbal Montoro, a lié l’application ferme par les régions de ce "grand changement de culture" administrative à la poursuite de la politique actuelle de négociation, avec chaque région, du dépassement du déficit autorisé.

118 dépendent des régions

En Catalogne, en Andalousie ou au Pays basque, par exemple, les "défenseurs du peuple" (ombudsmen) sont une instituion populaire. Nommés par une majorité parlementaire régionale claire, ils doivent traiter de manière indépendante les plaintes des citoyens. Les mesures de Mariano Rajoy sont perçues comme une atteinte à leur autonomie.

"L’étalon Limpid, au moins, a triomphé un jour au Grand prix de Paris ; et il gagne son avoine à raison de 900 € par accouplement", ironisent certains.

Sur les 217 mesures préconisées, 118 devcraient être appliquées par les régions autonomes - dont une bonne partie est bien décidée à éviter de se conformer sans broncher à cette "rationalisation centralisatrice".