Euronext fait face à une fronde grandissante de ses actionnaires anglo-saxons. Ces derniers refusent que le groupe boursier paie le prix fort pour s'offrir le London Stock Exchange (LSE), préférant plutôt une alliance avec sa rivale allemande. En mars, la Deutsche Börse avait rencontré la même opposition. Alors que les autorités britanniques de concurrence viennent d'autoriser un rachat de la Bourse londonienne par Euronext, le fonds spéculatif Atticus Capital, qui détiendrait 9pc du capital d'Euronext selon le «Financial Times», est venu s'ajouter mercredi à la liste des opposants à une OPA coûteuse sur le LSE. Selon des analystes, la direction du LSE attendrait une offre de rachat supérieure à 700 pence par action (environ 2,6 milliards d'euros au total).

Les opposants sont surtout des fonds anglo-saxons, qui détiennent environ 25pc du capital d'Euronext. «Nous sommes contre une transaction avec le LSE à moins que Euronext ne paie un prix nettement inférieur», a indiqué David Slager, gérant de portefeuilles chez Atticus European Fund, cité par le «Financial Times». Euronext n'a pas encore présenté d'offre formelle et chiffrée.

Deutsche Börse, l'opérateur qui gère la Bourse de Francfort, avait proposé de racheter le LSE pour 530 pence/action, soit près de deux milliards d'euros au total. Mais en mars, il avait dû abandonner son projet, et son patron, Werner Seifert, avait été poussé vers la sortie par les fonds d'investissement anglo-saxons actionnaires jugeant ce rapprochement trop onéreux. Or ces fonds sont aussi actionnaires d'Euronext.

Le fonds d'investissement TCI, à l'origine du «putsch» contre la direction de Deutsche Börse, détenait 4pc du capital d'Euronext en mai, et avait alors mis en garde ce dernier contre un prix trop élevé.

Euronext gagnerait plus à s'allier avec la Deutsche Börse, selon certains fonds actionnaires. Une telle méga-fusion a été envisagée à plusieurs reprises dans le passé. Elle permettrait de réduire les coûts de règlement/compensation pour les clients, espèrent les fonds actionnaires. «Toutes les options sont ouvertes», a commenté un porte-parole d'Euronext. La veille, le groupe avait indiqué qu'il étudierait «très étroitement, en concertation avec ses actionnaires, toutes les options stratégiques qui pourraient lui permettre de maximiser la création de valeur».

Mais une fusion entre la Deutsche Börse et Euronext semble difficilement réalisable, avec la naissance d'un monopole en Europe sur les produits dérivés autour d'Eurex (Deutsche Börse) et du Liffe (Euronext). «Je ne pense pas que la Commission européenne l'accepterait», a indiqué l'analyste d'une grande banque française. Pour Exane BNP Paribas, il y a 50 pc de chances qu'Euronext lance tout de même une offre sur le LSE, entre 600 et 625 pence.

© La Libre Belgique 2005