Les créanciers d'Eurotunnel ont voté lundi en faveur du plan de restructuration financière proposé par la direction, une étape capitale qui évite un redressement judiciaire à l'opérateur du tunnel sous la Manche, confronté à une dette colossale. Un vote négatif aurait relancé le risque de voir Eurotunnel incapable de rembourser sa dette de plus de 9 milliards d'euros et placé en redressement judiciaire, avec un risque de liquidation à la clé.

Les propositions de la direction ont été adoptées à une courte majorité, 28 créanciers sur 53, représentant 72 pc de la dette, ayant voté pour, selon les chiffres communiqués par un porte-parole du groupe. Trente-cinq créanciers étaient présents au tribunal de commerce de Paris, a-t-il précisé.

Un emprunt sur 40 ans

Ce vote ouvre la voie à une validation du plan de refinancement par le tribunal de commerce qui avait lancé cet été une procédure de sauvegarde du groupe, et à sa mise en oeuvre par l'entreprise. Pour être validé, le plan devait être approuvé par une majorité des créanciers (soit 27 au moins), les participants au vote devant, en outre, représenter au moins les deux tiers de la dette des 6,13 milliards. Beaucoup annonçaient un score serré, tant les points de vue s'étaient révélés antagoniques durant des mois d'âpres négociations.

La direction d'Eurotunnel s'était toujours montrée confiante, le PDG Jacques Gounon assurant encore jeudi que deux créanciers importants de son groupe, l'assureur-crédit américain MBIA et la Banque européenne d'investissement (BEI), l'avaient assuré de son soutien. Si la plupart des créanciers étaient restés muets, plusieurs voix discordantes s'étaient faites entendre, comme le fonds d'investissement américain Oaktree, qui revendique environ 10 pc des droits de vote.

Les propositions de la direction adoptées lundi prévoient notamment de réduire la dette totale (9,16 milliards d'euros) de plus de la moitié, sous forme d'un emprunt bancaire sur 40 ans. Cette dette unique sera financée soit par Goldman Sachs associé à Deutsche Bank soit par Citigroup, qui viennent de déposer des offres séparées de financement. Eurotunnel a indiqué que ces offres seront analysées par ses banques conseils, puis examinées par son comité d'audit avant d'être soumises à la décision du conseil d'administration. Reste pour la direction une inconnue de taille : l'attitude des actionnaires, dont beaucoup ne se satisfont pas des conditions financières proposées... (AFP)

© La Libre Belgique 2006