Le tribunal de commerce de Paris a lancé mercredi une procédure de sauvegarde pour Eurotunnel, ce qui permet à l'exploitant du tunnel sous la Manche de suspendre le remboursement de son énorme dette. "Après en avoir délibéré, le tribunal lance une procédure de sauvegarde", a déclaré la présidente du tribunal.

Le tribunal a ouvert une "période d'observation de six mois" et fixé à deux mois la "déclaration des créances" par leurs titulaires.

La procédure de sauvegarde, demandée par le groupe mi-juillet, va permettre à l'exploitant du tunnel sous la Manche de geler ses créances et le paiement des intérêts de sa dette de 9 milliards d'euros, tout en continuant de fonctionner et de renégocier cette dette avec ses créanciers.

Jusque-là, les négociations amiables entre créanciers ont échoué et vont donc reprendre dans un cadre judiciaire.

A la sortie de l'audience, le PDG d'Eurotunnel Jacques Gounon a exprimé sa "satisfaction" et son "espoir", en annonçant qu'il allait reprendre "immédiatement" les négociations sur la dette. "Les négociations devraient déboucher assez vite sur une proposition satisfaisante", a-t-il ajouté.

"L’entreprise, assistée des deux administrateurs judiciaires, va reprendre immédiatement les négociations à partir de sa dernière proposition du 12 juillet 2006", a souligné Eurotunnel dans un communiqué. "Les comités de créanciers prévus par la loi seront constitués dans le mois qui vient", a précisé l'exploitant du tunnel sous la Manche.

L'Arco, association qui représente la majorité des porteurs d'obligations d'Eurotunnel, a affirmé dans un communiqué que les "obligataires coopèreront activement avec le comité ad hoc (des créanciers), la direction d'Eurotunnel et les admnistrateurs judiciaires, pour parvenir à une solution équilibrée pour toutes les parties et satisfaisante pour l'avenir d'Eurotunnel". L'Arco s'est opposée au plan de restructuration de la direction. Evoquant le risque d'une liquidation de l'entreprise, M. Gounon a jugé que "cette extrémité est aujourd'hui peu vraisemblable".

Il a aussi rappelé que les actionnaires auraient "à regarder le plan final", estimant que le plan de sauvegarde est "la meilleure des solutions qu'ils auraient pu envisager".

L'Adacte, association qui représente une partie des actionnaires individuels d'Eurotunnel, est opposée au plan de restructuration de la dette proposé par le PDG et vient d'en appeler au président Jacques Chirac.

Les syndicats français d'Eurotunnel ont accueilli avec une satisfaction relative cette annonce, tout en réclamant une plus grande implication des politiques.

"Les créanciers aujourd'hui ont une pression supplémentaire. Cela nous rassure un petit peu. Cette pression devrait aider à trouver un consensus un peu plus intéressant pour la société, pour l'avenir de la concession", a déclaré à l'AFP Stéphane Lepoutère, délégué FO.

Mais "où on va, on ne le sait toujours pas et cela reste le vrai souci", a-t-il souligné. Michel Yard, secrétaire de la CGC, a affirmé de son côté que le lancement d'une procédure de sauvegarde était "la décision qu'on attendait, qu'on espérait". "La procédure de sauvegarde fera peut-être en sorte que les Etats vont réaliser que ce projet est magnifique et que l'Europe ne peut plus se passer du tunnel sous la Manche", a espéré M. Yard, en affirmant que les Etats "depuis longtemps (...) ne respectent pas leurs engagements".

M. Lepoutère a jugé "hallucinant que les politiques français, anglais et européens abandonnent complètement à des créanciers, en majorité américains, l'avenir de cette société", qui apparaît pourtant selon lui "incontournable" en matière de transports.

"A la rentrée, si une solution n'est pas trouvée, il est clair que le personnel cherchera les moyens de se faire entendre" afin "d'obliger les créanciers et les politiques à trouver des solutions", a-t-il dit.