Le grand actionnaire Engie doit décider lundi s'il accepte ou non de lui vendre ses parts, mais Suez reste opposé au projet qu'il tente désespérément de contrer.

Le bras de fer entre les deux fleurons français agite la place de Paris depuis que Veolia a annoncé fin août son intention de créer un nouveau géant mondial en rachetant l'essentiel de la participation du grand actionnaire de Suez, Engie, avant de lancer une OPA.

Négociations et escarmouches ont continué tout le week-end, à l'approche d'une échéance cruciale.

L'offre améliorée de Veolia à Engie, qui propose 3,4 milliards de dollars pour 29,9% de Suez, court en effet jusqu'à lundi minuit, et le conseil d'administration d'Engie se réunit dans la journée pour l'examiner.

Engie avait toutefois dit dès mercredi soir qu'il accueillait "favorablement" cette offre. Et Veolia a accepté dimanche l'une des conditions qui lui était posée, en s'engageant "inconditionnellement" à ne pas déposer par la suite d'offre publique d'achat hostile sur le reste du capital de Suez.

Engie a par ailleurs prévenu dimanche, par la voix d'une porte-parole, qu'il n'examinerait "une offre alternative" à celle de Veolia "que s'il s'agit d'une offre ferme et à un prix au moins égal à celui de Veolia".

Sauf dépôt de dernière minute d'une offre chiffrée et détaillée, cela semble écarter le fonds français Ardian, apparu comme un recours la semaine dernière et soutenu par la direction et les syndicats de Suez, mais qui n'a jusqu'ici fourni qu'une "lettre d'offre indicative".

L'Etat comme arbitre? 

Suez est très remonté contre les plans de Veolia, dont l'offre "reste hostile", a estimé son président Philippe Varin dans une lettre adressée dimanche au PDG de son rival, Antoine Frérot.

Les deux groupes se sont encore affrontés dimanche après-midi par communiqués interposés.

Veolia a fait état de "discussions constructives" avec son rival et dit avoir accédé à l'une de ses demandes, en proposant d'élargir le périmètre des cessions prévues après la fusion: il serait prêt à revendre des activités dans l'eau à l'international en plus de Suez Eau France, des actifs représentant au total quelque 5 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

Un "communiqué trompeur", a rétorqué Suez, parlant de son côté d'un "échec des discussions avec Veolia" et réaffirmant en début de soirée "son soutien au projet porté par Ardian et les actionnaires salariés", qui est selon lui "dans l'intérêt social du groupe, de ses actionnaires, salariés, clients ainsi que l'ensemble de ses parties prenantes".

La position de la direction de Suez est appuyée par les représentants syndicaux du groupe, mais aussi par des figures politiques comme Arnaud Montebourg qui a alerté dans une lettre ouverte sur un "dépeçage" de Suez, ou des députés LREM qui ont invité le ministre de l'Economie Bruno Le Maire "à donner du temps au temps":

L'Etat, actionnaire d'Engie à hauteur de 23,6% et donc en mesure d'influer sur sa décision, a tenté à plusieurs reprises ces derniers jours d'apaiser les tensions.

Bruno Le Maire a encore appelé "solennellement" dimanche soir Suez et Veolia "à reprendre leurs discussions dans les prochaines heures afin de parvenir à un accord amiable" préservant les intérêts de chacun.