Une photo de soi sélectionnée, quelques clics et le tour est joué : on apparaît vieilli et méconnaissable sur l’écran de son téléphone. C’est le tour de force de l’application FaceApp, qui, depuis quelques jours, emballe les réseaux sociaux. 

L’application développée il y a deux ans par la société russe Wireless Lab comptabilise 50 millions de téléchargements, avec une idée de départ pourtant simple : la possibilité de retoucher une photographie à l’aide de filtres générés par une intelligence artificielle et choisir à l’envie son apparence, son sexe et dernièrement son âge.

Malgré un franc succès, FaceApp n’est pas épargnée par les polémiques. La dernière en date concerne les données récupérées par l’application. Visage, adresse IP, données personnelles : FaceApp se réserve le droit de stocker les informations divulguées et les images chargées sur ses serveurs pour son propre usage, sans consentement requis ou rémunération. L’usager n’est pas mis au courant, sauf s’il décide par lui-même d’aller fouiller dans la politique de confidentialité de l’application.

Selon Aurélie Waeterinckx, porte-parole de l’Autorité de protection des données (APD), l’opacité de l’application implique plusieurs risques. "Tout d’abord, le risque pour l’utilisateur d’accepter n’importe quoi juste pour avoir accès à l’application." Un risque d’autant plus présent que l’application ne demande d’accepter aucun contrat de confidentialité pour être utilisée. "Il y a aussi la possibilité d’une perte de contrôle des données, si on ne sait pas comment elles sont récupérées ni où elles vont." Les images utilisées par FaceApp sont pourtant des informations à surveiller de près. "Ces photos, ce sont des portraits, donc facilement identifiables." continue Aurélie Waeterinckx. Les photos d’individus reconnaissables sont utilisées, notamment, dans la création et l’entraînement d’algorithmes de reconnaissance faciale comme on en voit émerger depuis peu.

Si la société Wireless Lab est théoriquement tenue de respecter, en Belgique, le Règlement général sur la protection des données, force est de constater que les zones d’ombre pullulent encore.