La guerre des mots entre le patron de La Poste, Johnny Thijs, et les syndicats a baissé d’intensité, vendredi. Elle s’est même transformée en franche accalmie, avec l’espoir qu’un armistice soit bientôt conclu.

Reprenons. Depuis une bonne semaine, le personnel de La Poste multiplie les arrêts de travail. Vendredi matin encore, on recensait de grosses perturbations dans une septantaine de bureaux et plusieurs centres de tri postaux (dont celui de Bruxelles X, empêchant la distribution du courrier dans les deux Brabant). Particulièrement agacé par les déclarations de M.Thijs, qui avait menacé les syndicats d’une mise en faillite de La Poste s’ils s’obstinaient à bloquer le projet des "facteurs de quartier" (LLB, 30/9), le personnel avait promis d’intensifier sa mobilisation pour contrer un projet qui, à terme, pourrait menacer le statut des postiers. "Nous attendons un geste fort de la direction", avait averti le front commun syndical francophone, bien décidé à étendre la contestation.

Un premier geste d’apaisement est intervenu dans l’après-midi de vendredi. Dans un message adressé aux collaborateurs et aux syndicats de La Poste, Johnny Thijs a annoncé le gel des 28 projets pilotes de "facteurs de quartier" qui devaient débuter d’ici la fin du mois d’octobre. Le patron du groupe public entend remettre tout le monde autour de la table dans le courant des prochains jours afin de "restaurer la paix sociale" et de dégager une solution sur la nouvelle organisation du réseau de distribution de La Poste. "Un compromis est possible si chacune des deux parties, sans exclusive, tient compte des préoccupations légitimes de l’autre", a fait savoir M.Thijs.

Cette main tendue a eu un effet immédiat. Le syndicat socialiste (CGSP) a en effet décidé de suspendre les actions en cours et annoncé que son interrégionale wallonne se réunirait lundi en vue de déterminer sa position dans les futurs débats. Du côté du syndicat chrétien (CSC), on a également salué le geste de la direction, mais sans pour autant appeler ses affiliés à interrompre leurs actions. "Le courrier (de Johnny Thijs, NdlR) va dans le bon sens, j’espère juste que ce ne sera pas une coquille vide", a commenté André Blaise auprès de Belga. Le front commun syndical a prévu de rencontrer le président du PS, Elio Di Rupo, lundi matin pour faire part de leurs doléances.

Le projet des "facteurs de quartier" figure parmi les mesures adoptées par la direction de La Poste en vue de la libéralisation, prévue à partir du 1er janvier 2011, des services postaux au sein de l’Union européenne. Jugé vital par Johnny Thijs, ledit projet est qualifié d’indécent par les syndicats.