Laurent Joffrin s'indignait alors que @peultier, un de ses "followers", s'adressait à lui avec ces mots : "Oui mais comme tu dis : vive la crise!" Au demeurant, rien de choquant. Rien d'irrespectueux non plus... Quoique. Le rédac chef du Nouvel Obs n'en pensait pas autant et lui rétorquait un cinglant : "@peultier qui vous autorise à me tutoyer?"

Le débat était lancé. Sur la toile, une série de réactions fustigeant la réaction virulente de Joffrin, accusé d'être... impoli et condescendant. Celui qui s'estimait victime était, en un clic, devenu bourreau !

C'est que ce monsieur n'était pas au fait des codes qui régissent les réseaux sociaux. Sur Twitter, point de vouvoiement. C'est le familier "tu" qui prend le pas sur le formel et poli "vous".

"Dans la philosophie de l'Internet, nous sommes parmi les nôtres, égaux, sans distinction sociale, quelque soit l'âge, le genre, le revenu ou le statut que l'on a dans la vie réelle", argumente Anthony Besson, adepte de la twitosphère, interrogé par la BBC. A l'inverse, l'usage du "vous" implique une hiérarchie.

Cela constitue une petite révolution dans l'usage de la langue française. "C'est une rupture majeure dans le code de communication", explique Antonio Casilli, professeur à l'école d’ingénierie technologique de Paris.

La justification apportée par Joffrin, quelques mois après son tweet, n'aura dès lors que peu de poids. "Les gens actifs sur Twitter n'oseraient jamais interpeller quelqu'un dans la rue en le tutoyant, parce que c'est une forme de violence", disait-il alors.

Ses détracteurs peuvent se délecter de l'usage du "tu" et du "vous" dans les autres langues du vieux continent. Tant en Espagnol qu'en Anglais ou en Italien, le vous est laissé de côté pour faire place à sa forme moins distante, plus "cyber-utopian California-style libertarian discourse" (Copyright BBC !). C'est que cette forme de langage a été héritée pour beaucoup de 1968. Lorsque tous les autres codes qui régissaient jusque là la vie furent chamboulés. L'Internet, avec l'avènement des médias participatifs, a adapté ces bouleversements.