Entretien

Arnaud Zacharie, secrétaire général du Centre national de coopération au développement (CNCD), ne croit pas à la réalité de la reprise économique et réclame plus que jamais davantage de réglementations à l’échelon international.

Après un an de crise financière, on ne parle plus que de la relance économique. A juste titre ?

Non. En réalité, on est déjà en train d’assister à la constitution d’une nouvelle bulle spéculative. D’une part, la reprise économique actuelle est mécanique parce qu’elle n’est due qu’à la fin du déstockage dans les entreprises et, d’autre part, la meilleure santé des banques n’est qu’apparente. Premièrement, on arrive au bout des stocks des entreprises. Même si les ménages consomment moins, il arrive un moment où ces stocks s’épuisent. Les entreprises doivent donc les reconstituer. C’est cette reconstitution des stocks qui provoque le retour de la croissance économique. D’autre part, du côté des banques, si les bilans apparaissent bien meilleurs, c’est le fruit de l’injection de dizaines de milliards d’euros qui leur ont permis de se refaire une santé à court terme. Mais il ne faut pas se leurrer : les bilans des institutions financières sont encore remplis de produits toxiques et de créances douteuses.

Il y a aussi les pertes d'emplois qui commencent à s'accumuler...

La crise financière a provoqué une crise économique qui est seulement en train de déboucher actuellement sur une vraie crise sociale. C’est maintenant que les budgets de chômage économique arrivent à leur terme. Paradoxalement, alors que l’on commence à parler de reprise, c’est maintenant que la crise sociale entre dans le vif du sujet.

Avec quelles conséquences, selon vous ?

Il y a deux risques majeurs. D’une part, la crise sociale va peser sur la demande. La diminution de la consommation due à cette crise va sans doute provoquer une rechute de l’économie. D’autre part, les gouvernements pourraient croire que l’on est sorti de cette crise majeure. Or, si l’on croit trop vite être arrivé à la fin de la crise, on va arrêter les politiques expansives et remonter les taux d’intérêt, ce qui risque de casser cette timide reprise et de faire replonger l’économie dans la récession. Il ne faut donc certainement pas croire que l’on est face à une reprise durable.

A quoi peut-on s'attendre, alors ?

A mon avis, il faut plutôt se poser cette question : est-on dans une reprise en "W" ou dans une crise en "VL" ? Des bulles spéculatives sont en train de se reformer, notamment sur le marché obligataire international. Les Etats-Unis, avec leurs plans de sauvetage et de relance budgétaire, ont creusé des déficits record. On peut se poser la question de la solidité du dollar comme devise de référence. La hausse des taux d’intérêt sur le marché obligataire international indique que le financement de la dette publique va être de plus en plus difficile. Le statut du dollar commence donc à vaciller.

Est-ce vraiment un problème ?

Pour les pays émergents qui ont placé une partie de leurs réserves en bons du Trésor américain, oui ! Ces pays réclament d’ailleurs un nouveau système monétaire international qui garantisse une coopération des Etats en vue d’assurer une stabilité de leur monnaie. Le but est d’éviter des crises de change.

Y a-t-il un risque de voir survenir de telles crises ?

Oui, car actuellement, il y a une résurgence non avouée des dévaluations compétitives : des pays essaient de se refaire une santé en dévaluant leur devise pour doper leurs exportations. Evidemment, ce type de politique non coordonnée crée des gagnants, mais aussi des perdants. Et ça n’apporte aucune stabilité. Il faut donc continuer à promouvoir des mesures de régulation financière internationales pour éviter de nouvelles bulles.

Voilà pour la finance. Et au point de vue commercial ?

A ce niveau, aussi, il existe des politiques du chacun pour soi qui ne sont pas vraiment avouées. La plainte récente de la Chine contre les Etats-Unis (en raison d’une taxe à l’importation sur les pneus chinois, NdlR) en est l’illustration. Parallèlement, l’Organisation mondiale du commerce (OMC, NdlR) est complètement paralysée.

Pourquoi ?

Les pays émergents réclament un nouvel équilibre, plus conforme à leur place dans le monde économique multipolaire actuel. Par ailleurs, côté occidental, on sent beaucoup moins de volonté de prôner le libre-échange. Car, pour la première fois depuis longtemps, depuis l’adhésion de la Chine à l’OMC, Etats-Unis et Europe se sont retrouvés face à un partenaire commercial qui est plus compétitif qu’eux dans plusieurs secteurs.