Les administrateurs de MG Rover ont sonné le glas vendredi du constructeur automobile britannique, annonçant le licenciement immédiat de quelque 5.000 personnes, soit 80 pc des effectifs, après l’échec définitif des négociations de rachat par le groupe automobile chinois SAIC.

Apprenant cette nouvelle en pleine campagne électorale, le Premier ministre Tony Blair, en quête d’un troisième mandat, s’est immédiatement rendu à Longbridge (centre de l’Angleterre), le berceau de MG Rover.

Accompagné du ministre des Finances Gordon Brown, il y a annoncé l’octroi d’une aide de 150 millions de livres (240 millions d’euros) en faveur du personnel licencié, des fournisseurs de MG Rover et de l’industrie locale. 40 de ces 150 millions avaient déjà été annoncés le 8 avril.

Dernier grand constructeur automobile britannique indépendant, MG Rover avait été placé sous administration judiciaire il y a une semaine, après l’échec annoncé des négociations avec SAIC (Shanghai Automotive Industry Corporation), premier constructeur chinois.

«En tout, nous nous attendons à licencier un peu moins de 5.OOO employés», dès samedi, a annoncé Ian Powell, un des administrateurs judiciaires, en confirmant que SAIC avait mis un terme final aux discussions vendredi.

Au total, MG Rover employait 6.100 personnes sur le site de Longbridge, près de Birmingham.

Selon les administrateurs judiciaires, le cabinet PricewaterhouseCoopers (PWC), quelque 70 entreprises seraient intéressées au rachat de certaines parties du site de Longbridge, qui sera démantelé.

Quelque 600 ouvriers de Longbridge seront gardés dans l’immédiat, pour finir 1.000 voitures en cours d’assemblage, ainsi qu’environ 400 employés.

«C’est un moment de désespoir pour le personnel de Longbridge et leur famille», a déclaré Tony Blair, insistant sur son «chagrin», et affirmant que le gouvernement avait fait «tout ce qu’il pouvait» pour sauver l’entreprise.

La liquidation de MG Rover met fin à un siècle de vie tumultueuse. MG Rover avait assemblé sa première voiture en 1904.

Selon les administrateurs, les pertes de l’entreprise - MG Rover et l’unité qui fabrique les moteurs, Powertrain - étaient «très importantes», de l’ordre de 20 à 25 millions de livres (29 à 36,2 millions d’euros) par mois.

Au fil des ans, la part de marché de MG Rover en Grande-Bretagne s’était réduite et n’était plus que de 3 pc. La firme britannique avait vendu 12.545 voitures le mois dernier, en baisse de 17 pc sur un an.

MG Rover avait été vendu 10 livres (14 euros) il y a cinq ans par le constructeur allemand BMW aux dirigeants actuels, la holding Phoenix Venture.

Les négociations avec la SAIC avaient débuté en juin 2004, MG Rover annonçant à l’époque un accord de «partenariat stratégique» avec la firme chinoise, pour financer de nouveaux modèles.

SAIC était alors disposé à injecter un milliard de livres (1,45 milliard d’euros) dans une joint-venture détenue à 70 pc par SAIC et à 30% par MG Rover. Mais elle a finalement renoncé, face à la mauvaise santé financière de MG Rover.

Le leader de l’opposition conservatrice Michael Howard a qualifié l’annonce des licenciements de «coup terrible» et dénoncé un gouvernement qui selon lui «s’est impliqué tard dans les négociations avec SAIC».

Tony Woodley, secrétaire général du syndicat Transport and General Workers Union (TGWU), a également parlé de «développement dévastateur». «Nous pensions avoir une chance sur un million, elle s’est évaporée », a déclaré le dirigeant syndical. «C’est le jour le plus sombre de l’histoire de l’industrie automobile britannique».