A la fois ancestraux et résolument modernes, tels sont les métiers agricoles et horticoles. La coopérative Cera et la Fédération des jeunes agriculteurs (FAJ) ont uni leurs ressources pour promouvoir, à l’aide de fonds, des projets wallons innovants (lire ci-contre). Une nécessité en ces temps difficiles : "Nous sommes contents de voir que cette initiative commune répondait à une véritable demande du terrain, où de nombreux agriculteurs et horticulteurs ont des tas d’idées, mais sont parfois confrontés à un frein économique", explique Gregory Kevers, porte-parole de la Cera. Les 2500 euros offerts à chaque projet ne suffisent pas toujours, loin s’en faut, mais ils apportent une pierre à l’édifice de ces innovateurs déjà bien occupés. Presque tous sont agriculteurs ou horticulteurs à temps plein

ELEVAGE

L'oie vaut bein un label !

Dans sa ferme de Haccourt, Marc Botty élève canards, poulets fermiers et oies depuis 15 ans. De là à faire de ces volatiles les stars de son exploitation, il n’y a qu’un pas, à l’étude depuis des années. Malgré les grippes aviaires et autres contretemps, Marc Botty compte bien labelliser sa production d’oies via l’obtention d’une appellation contrôlée. "L’oie de Visé" viendra bientôt s’ajouter au pâté gaumais et au jambon d’Ardenne, le temps de clôturer les (nombreuses) formalités. Animal clé du patrimoine historique et gastronomique de la ville, l’oie de Visé jouit de garanties la plaçant bien loin des nombreuses productions standardisées : élevage en plein air, nourriture de qualité (herbes et céréales), pas de gavage, âge minimal de 21 semaines avant l’abattage, chaîne de transformation contrôlée de près, etc. Le cahier de charges est aussi long qu’astreignant. Mais "il y a une demande réelle pour des produits de qualité supérieure, même s’ils sont plus chers. Un label rejaillit aussi sur une région, sa ruralité, ses commerces". O. Sta.

ENERGIE

Les vertus du fumier

Le fumier est une énergie "offerte" aux éleveurs. Et qui a tout ce qu’il faut pour remplacer le mazout comme moyen de chauffage. La preuve avec Fabian Divoy : "Avec une fumière de 200 m2 remplie à 1,5 m, il y a de quoi chauffer une habitation tout l’hiver", soutient-il. A la tête d’une exploitation de bovins laitiers et viandeux à Neuvillers, il travaille à la mise au point d’un système lui permettant de chauffer habitacle et eau sanitaire grâce au fumier stocké, soit plusieurs tonnes par vache chaque hiver ! "Le problème technique vient de la pompe à chaleur : aucun fabricant ne s’est lancé jusqu’ici dans la récupération de la chaleur du fumier". L’obstacle n’a pourtant rien d’insurmontable. Petit regret cependant : le renouvellement des citernes et fumières a eu lieu il y a quatre ans, suite aux nouvelles normes régionales. L’occasion de profiter d’un renouvellement pour répandre le concept ne repassera sans doute pas de sitôt. "Ce qui ne nous empêchera pas de faire aboutir techniquement le projet", assure Fabian Divoy. O. Sta.

ELEVAGE

Traquer les chaleurs

Louper les chaleurs de ses vaches, c’est perdre la meilleure occasion d’insémination... Pour être rentable, chaque vache doit mettre au monde un veau par an. Au-delà de 13 mois, chaque chaleur perdue équivaut à perdre 8% de la valeur marchande d’un veau. "Avec la diminution de la main-d’oeuvre et l’augmentation des cheptels, il est impossible de surveiller toutes les bêtes" , explique Nicolas Parmentier, aux commandes de la moitié de la ferme parentale près de Vielsam. L’homme a décidé de remédier au problème en mettant au point un télémètre (laser ou à ultrasons) fixé sur les clôtures : l’appareil capte les chevauchements des bovidés, signes les plus manifestes d’une chaleur. L’éleveur est aussitôt prévenu (par SMS par exemple). L’objectif de Nicolas Parmentier est de commercialiser ces télémètres. Calmement. "Je ne veux pas brûler les étapes. Le brevet est déposé, l’étude de marché est en cours. Le problème se situe au niveau financier, dans un contexte où il faut rester prudent" . O. Sta.

HORTICULTURE

Retour vers le local

"Nous voulons mettre en valeur les qualités des producteurs par rapport aux simples revendeurs". Frédéric Droeven (Louveigné) cultive depuis 15 ans 25 ha d’essences, surtout fruitières. Mais le marché horticole ne rend pas la vie facile aux entreprises de petite taille. Raison pour laquelle son combat est de promouvoir la qualité, l’arme des petits face à la quantité et aux prix bon marché. "Sur la base de ce qui se fait en France, nous avons mis au point une association d’horticulteurs et de pépiniéristes wallons, tous signataires d’une charte de qualité. Celle-ci stipule notamment que 60% de ce que nous fournissons au client doit être produit par nous-même". Objectif : obtenir des subsides, sensibiliser le grand public via des campagnes. "Il y a un vrai retour vers le jardinage, le bio, les potagers, le respect des saisons et l’artisanat. C’est une aubaine pour des producteurs comme ceux de notre groupement. Nos prix sont plus élevés que ceux des grandes surfaces mais c’est une contrepartie aux efforts de qualité que nous nous imposons". O. Sta.

APICULTURE

Une cour pour les reines

Pauline Sovet rêvait depuis toute petite d’avoir des ruches. Elle a entraîné dans son projet Marie Bamps, une amie. A deux, elles entendent combler une carence de l’apiculture belge : l’élevage d’abeilles reines. "Les bénéfices de notre prix iront en effet dans ce projet ainsi que dans la production de gelée royale, la nourriture des reines", confirme Pauline Sovet. "La reine est le socle de toute ruche puisqu’elle pond. Ce créneau, chez nous, est surtout l’affaire de passionnés ou d’éleveurs à temps partiel. Nous voulons en faire notre activité n°1 et créer nos propres reines". Revenues d’un voyage en Australie où elles ont étudié de plus près la question, les deux complices espèrent pouvoir lancer "Bee Api" l’an prochain, à l’adresse des particuliers et pourquoi pas des professionnels. "Il y a un manque cruel d’abeilles pour la pollinisation en Belgique. C’est aussi le cas ailleurs. Et l’élevage de reines peut aussi contribuer à modifier le prix des essaims, plutôt chers actuellement". O. Sta.

ENERGIE

On n'a jamais trop de foin

Les fermes ont bel et bien un potentiel énergétique qui ne demande qu’à fleurir : avec du matériel acheté en seconde main, Michel Ducœur (Froidchapelle) a mis au point une machine à pellets de foin. "Je visais le créneau des poêles à pellets, mais le marché ne commercialise pas encore des modèles tolérant les pellets que je produis", explique-t-il. En revanche, sa chaudière multicombustible s’en accommode très bien. Avec 45 kg de foin par jour, il chauffe trois appartements de 200 m3. Le projet a plu : déjà auréolé d’une médaille d’or au Salon de l’innovation de Genève, il a même suscité en Suisse des envies de centrales électriques alimentées avec foin, paille et autres herbes sèches. Le gros hic demeure l’approvisionnement : "Il fallait beaucoup de matière, acheminée de trop loin pour que ce soit réellement faisable". L’idée a donc capoté. Mais ça n’empêche pas Michel Ducœur de cogiter pour améliorer sa machine : "ce projet s’inscrit aussi dans une démarche pour la biodiversité, en valorisant une matière, le foin, qui n’a que peu de valeur a priori". O. Sta.