Les dirigeants du groupe Fortis ont caché l'exposition du groupe au phénomène américain des "subprime" en septembre 2007, au moment où Fortis se lançait dans une collecte de fonds massive pour financer le rachat d'ABN Amro, affirme mercredi le Soir, sur base d'un document interne au groupe.

Le 21 septembre 2007, le groupe affirmait dans un communiqué que les déboires du marché résidentiel américain ne pèseraient pas sur ses résultats annuels. "Même si la crise actuelle des subprimes s'accentuait de 20 pc supplémentaires, l'impact non linéaire supplémentaire sur le bénéfice net devrait s'élever à 20 millions d'euros selon les estimations", indiquait Fortis dans ce communiqué.

Or, trois semaines auparavant, un document interne intitulé "US Subprime update" avait été distribué au comité exécutif du groupe, qui réunit notamment Jean-Paul Votron, Filip Dierckx, Herman Verwilst et Gilbert Mittler. Ce document indiquait que Fortis détient, fin août 2007, pour 5,715 milliards d'euros de CDO (Collateral debt obligations), des titres garantis par des créances qui ont propagé dans le marché la crise immobilière américaine. Dans ce paquet de CDO, 1,254 milliard d'euros est de type Mezzanine CDO, la tranche la plus vulnérable car la première à pâtir des non-remboursements.

Le 21 septembre, Fortis annoncait que ces placements douteux n'auraient qu'un impact marginal sur sa santé financière. Le groupe lançait le même jour son augmentation de capital de 13,4 milliards d'euros pour financer la reprise d'ABN Amro.

On ne connaîtra l'exposition de Fortis au subprime que le 8 novembre 2007, rappelle le quotidien. Et ce n'est que le 28 septembre 2008 qu'on aura une idée chiffrée précise des amortissements, à 4 milliards d'euros.

La CBFA a ouvert une enquête administrative

Outre une instruction pénale, Fortis fait également l'objet d'une enquête administrative menée par la Commission bancaire, financière et des assurances (CBFA), a rapporté mardi soir la radio publique flamande VRT. La CBFA a ouvert une enquête, il y a quelques semaines, sur certains incidents de marché relatifs à l'action Fortis. "Nous analysons d'abord les faits, et nous poursuivrons s'il y a de fortes présomptions d'abus", a indiqué à la VRT la porte-parole de la CBFA, Veerle Deschrijver.

Selon la radio publique, l'analyse du gendarme belge des marchés peut constituer une bonne base à l'instruction menée par un juge bruxellois sur des soupçons de manipulation du marché par le groupe Fortis, instruction ouverte à la suite de la constitution de partie civile d'un particulier. S'il s'avère que des informations erronées ont été diffusées consciemment, Fortis et sa direction encourent des amendes allant jusqu'à 2,5 millions d'euros, en sus d'une éventuelle condamnation pénale.