La séance de vendredi restera pour le titre Fortis, l'une des plus noires de son histoire. En fin de séance, la baisse s'est soudainement accélérée en raison de plusieurs rumeurs. On a parlé d'augmentation de capital urgente pour faire face à une solvabilité insuffisante, de paiement de dividendes non pas en cash mais en actions, de pertes liées à la crise du "subprime" (obligations à risque) plus importantes que prévu. Un communiqué publié dimanche soir répond à ces bruits.

1 Fortis est-il en mauvaise posture ?

On n'aura une réponse définitive que le 7 mars quand auront été publiés les comptes annuels audités du groupe belgo-néerlandais. Fortis a toutefois publié dimanche soir un communiqué qui se veut rassurant. "Les critères de capital et de solvabilité seront respectés, même dans les scénarios les plus sévères relatifs à l'impact du portefeuille de CDO (Ndlr obligations adossées à un prêt) exposé aux subprimes", souligne le communiqué.

Il n'y a dès lors pas de nécessité de lancer en catastrophe une nouvelle augmentation de capital. Au niveau des résultats, Fortis mise sur un bénéfice net de 3 milliards en 2007 (contre 4,4 milliards en 2006) en cas de ratios de couverture sévères, auxquels il faudra ajouter un impact positif d'un milliard suite à la cession de la participation dans l'entreprise espagnole Caifor.

2 Le dividende sera-t-il effectivement payé ?

On ne le saura avec certitude qu'après la réunion du conseil d'administration du 6 mars, qui doit prendre une décision sur base de l'examen des chiffres audités. La direction de Fortis compte proposer au conseil de "maintenir le dividende en numéraire au même niveau que l'année dernière, soit un dividende final pour 2007 de 0,59 € par action".

Lors de l'énorme augmentation de capital (13,4 milliards d'euros) lancée en septembre et destinée à financer en partie le rachat de certains actifs d'ABN Amro, les dirigeants de Fortis s'étaient voulu rassurants à propos du dividende. Revenir sur leur promesse poserait un réel problème de crédibilité.

3 La forte baisse de vendredi peut-elle être une opération orchestrée par des fonds qui ont joué les titres à la baisse ?

Du côté de l'état-major de Fortis, on doit certainement se poser la question et se demander s'il y a lieu de contre-attaquer. Toute la difficulté est de prouver que certains institutionnels avaient pris des positions à la baisse tout en veillant à distiller dans le marché des mauvaises nouvelles telles que l'augmentation de capital ou le paiement du dividende en actions. Certains experts financiers pensent en tout cas que cette baisse est avant tout révélatrice de la méfiance dont fait l'objet le titre. Car selon eux, les fonds spéculatifs, qui avaient vendu des titres Fortis sans les posséder, auraient dû se couvrir en fin de séance en rachetant des titres. Ce qui aurait fait remonter le cours.

4 Fortis doit-il encore trouver des fonds ?

Sur les 24 milliards d'euros nécessaires au rachat d'une partie d'ABN Amro, il reste 3,6 milliards d'euros à trouver.

D'où les rumeurs d'augmentation de capital ? Fortis privilégie d'autres pistes comme la cession de certains actifs non stratégiques d'ABN Amro ou l'émission de papiers non dilutifs destinés aux investisseurs institutionnels.

5 La haute direction de Fortis est-elle menacée par cette crise ?

Des bruits ont couru qu'il y avait une certaine tension au sein de conseil de Fortis où l'on trouve des pointures internationales comme la patronne de la Bourse de Londres, Clara Furse, mais aussi quelques personnalités belges comme Philippe Bodson (ex-patron de Tractebel) ou encore Piet van Waeyenberge (groupe De Eik) qui fait partie des actionnaires familiaux de Fortis. Il paraît en tout cas évident que le président du conseil, Maurice Lippens, qui était le premier défenseur de l'opération ABN Amro, devra sortir du bois assez rapidement.