analyse

Le groupe Fortis a été sous le feu des projecteurs cette semaine. Et pour cause : il a organisé trois sessions d'information, l'une aux Pays-Bas et les deux autres en Belgique (d'abord pour les néerlandophones ensuite pour les francophones) avec comme orateurs, le président du conseil d'administration Maurice Lippens et le CEO ad interim Herman Verwilst.

Début août, le conseil d'administration avait décidé d'organiser ces grand-messes (plutôt que de convoquer une assemblée extraordinaire) suite à la grogne des actionnaires suscitée par l'opération de refinancement de 8,3 milliards d'euros (dont une augmentation de capital de 1,5 milliard).

A chaque fois, les actionnaires - ils ont été 660 à se déplacer - auront pu poser toutes les questions qu'ils voulaient. Essayons de tirer les leçons de ce qui a été dit pendant ces trois jours de réunion.

1Quelles ont été les principales révélations de ces séances ?

Maurice Lippens a voulu faire passer plusieurs messages. Primo, dit-il, il n'est pas un président "exécutif". En clair, il n'a pas outrepassé son rôle comme d'aucuns lui ont reproché. Mais en même temps, il dit rester président pour la "continuité et la stabilité" de l'entreprise. Ce qui fait dire à certains observateurs qu'il est quand même plus exécutif qu'il veut bien l'admettre.

Il a aussi expliqué que si l'ex-CEO Jean-Paul Votron était parti, c'est sous la pression notamment des médias et des groupes de défense d'intérêt (on suppose qu'il pense à Test-Achats et Deminor). Erik Bomans, associé chez Deminor, s'insurge contre cette explication. "Deminor n'a jamais demandé la tête de personne", souligne-t-il.

Maurice Lippens a aussi fait un petit exercice de mea culpa en reconnaissant qu'il n'aurait pas dû jurer "over my dead body" qu'il paierait un dividende en cash. Il a voulu montrer de la compassion vis-à-vis des actionnaires qui ont exprimé leur dépit devant la déroute boursière du titre Fortis.

2Faut-il en déduire que Maurice Lippens n'est pas prêt de partir ?

Même s'il ne se retirera sans doute pas avec les honneurs, il ne veut pas être chassé comme un voleur. Il s'en ira donc peut-être une fois qu'un nouveau CEO aura été trouvé voire lorsque le conseil d'administration aura été remodelé.

Ce conseil est composé de quelques personnalités de la finance internationale comme la patronne de la Bourse de Londres, Clara Furse, mais aussi des proches de Maurice Lippens comme Philippe Bodson. "A notre avis, il faut changer la composition du conseil d'administration car il n'a pas rempli efficacement son rôle de contrôle du management", souligne Erik Bomans. D'autres analystes se demandent si tous les membres du conseil jonglent avec les produits sophistiqués du type CDO qui plombent les bilans des banques du monde entier et en particulier celui de Fortis.

3En plus de la compassion, Maurice Lippens et Herman Verwilst ont-il exprimé de la contrition ?

Pas vraiment. Maurice Lippens a continué a défendre la stratégie suivie et donc le rachat d'ABN Amro. A des actionnaires qui demandaient si Fortis n'avait pas payé trop cher, Herman Verwilst a préféré employé l'expression "prix plein".

4Pourquoi Test-Achats et Deminor qui ont recueilli les plaintes de plusieurs milliers d'actionnaires mécontents n'ont-ils pas voulu assister aux réunions ?

D'après Erik Bomans, ce genre de session, même s'il a le mérite d'améliorer la communication, n'a pas une légitimité pour donner les informations financières. Raison pour laquelle Deminor n'a pas voulu y assister. Ses représentants n'ont pas non plus voulu monopoliser la parole au détriment des actionnaires présents. Cette absence a toutefois été diversement appréciée. "Cela nous aurait permis de connaître leurs arguments", souligne un actionnaire.

5Ces sessions d'information excluent-elles la tenue d'une assemblée générale extraordinaire (AGE) comme le réclamaient Deminor et aussi l'association néerlandaise VEB ?

Pour y arriver (et obtenir les 10 pc du capital nécessaires), il faudrait le soutien de certains investisseurs institutionnels. "Les institutionnels sont peu favorables à une AGE de peur que ça dérape", explique Erik Bomans.

6Reste-t-il des zones d'ombre ?

Il en reste beaucoup. Car comme l'a expliqué Erik Bomans, Maurice Lippens et Herman Verwilst n'étaient pas habilités à donner des nouvelles informations d'ordre purement financier. Ce n'est donc pas un hasard s'ils n'ont pas répondu à la question-clé d'un actionnaire qui les interrogeait sur l'impact comptable de l'intégration complète des actifs d'ABN Amro rachetés il y a près d'un an.

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