© BELGA

Entreprises & Start-up

Fortis dans le giron de BNP

AvC et Ph. Law

Publié le - Mis à jour le

Ce fut à nouveau un week-end marathon pour tenter de trouver un accord définitif sur Fortis qui a été confirmé dimanche vers 22h15. Les principaux ministres du gouvernement avaient monentanément abandonné la délicate question de la confection du budget 2009 pour se concentrer à temps plein sur l'avenir de Fortis. En fait, ils avaient confié aux techniciens des différents cabinets des vice-Premiers ministres le soin de déblayer le terrain avec une armada de banquiers d'affaires.

Et la solution choisie passe par la prise de contrôle de la première banque du pays par le groupe français BNP Paribas.

L'opération est toutefois complexe car le capital de Fortis Banque est détenu à 51 pc par le holding coté en Bourse et, depuis une semaine, à 49 pc par l'Etat belge. Le rachat va donc se faire en deux temps. L'Etat belge versera en cash un montant de 4,7 milliards pour monter à quasi 100 pc de Fortis Banque. Ensuite, il fera un apport de 75 pc Fortis Banque à BNP Paribas qui lui versera des nouveaux titres. La banque française va ainsi émettre des nouvelles actions pour une valeur de 8,25 milliards d'euros.

L'Etat belge deviendra ainsi le premier actionnaire de BNP Paribas avec une participation de 11 pc qui lui donnera droit à deux postes d'administrateur.

L'Etat belge gardera une minorité de blocage (25 pc) dans Fortis Banque.

La banque française rachètera également Fortis Insurance Belgium pour un montant non précisé. Elle prendra deux tiers du capital de Fortis Banque Luxembourg. L'Etat luxembourgeois reste actionnaire à concurrence d'un tiers et sera, comme l'Etat belge, payé en actions BNP Paribas dont il détiendra 1,4 pc.

L'Etat luxembourgeois gardera "un droit de veto" chez Fortis et "aura son mot à dire dans les décisions stratégiques" a souligné hier le ministre luxembourgeois du Trésor, Luc Frieden.

Papier toxique

Le deal prévoit aussi la création d'un véhicule où seront logés ce qu'on appelle, dans le jargon financier, du "papier toxique" (crédits du type subprime) pour un montant de 10,45 milliards d'euros. Les actionnaires du véhicule sont le holding Fortis (66 pc), l'Etat belge (24 pc) et BNP (10 pc).

Autrement dit, il y aura dans le holding Fortis (la structure cotée en Bourse) surtout du cash et aussi du papier à risque.

Quel montant de ce qui était il y a quelques semaines encore une valeur phare du Bel 20 pourrait dès lors revenir in fine aux actionnaires ? Cela ne devrait pas être des montants mirobolants. L'action devrait en tout cas suspendue le temps qu'il faudra au marché pour absorber toutes ces informations.

En clair, les actionnaires devraient être les grands perdants de tout ce qui est arrivé ces dernières semaines. Même si le gouvernement belge, conscient des désavantages d'un prix trop bas, aurait essayé de faire monter les enchères en citant un autre candidat possible.

Mais la solution finalement privilégiée vise d'abord à rassurer les clients de Fortis, voire le personnel, et aussi à donner une réponse à l'impossibilité de financement rencontrée par la banque ces dernières semaines.

La solution trouvée permettra à Fortis Banque de "se recentrer sur son métier de base et de préserver l'emploi", a assuré, hier lors d'une conférence de presse tard le soir, le Premier ministre belge, Yves Leterme. Lequel doit rencontrer les syndicats ce lundi.

"Nous ouvrons un nouveau chapitre pour BNP Paribas avec un grand projet européen", a de son côté commenté Baudouin Prot, le patron de BNP Paribas, présent à la conférence de presse. Et de préciser que la marque Fortis Banque subsistera tout en y accolant BNP Paribas. Il s'est aussi dit "confiant dans la qualité et le professionnalisme" des agents de Fortis.

Didier Reynders a, lui, précisé que l'Etat restera actionnaire de ces banques "pendant une période suffisamment longue pour accompagner le développement du projet".

Pour le contribuable, l'intervention de l'Etat belge dans le système bancaire belge coûtera cher : les 5,7 milliards que le gouvernement a déjà mis sur la table pour sauver Fortis et Dexia représentent une charge annuelle supplémentaire de 240 millions d'euros.

A lire également

Libre ECO

Immobilier pour vous