Un analyste d'une filiale de Dresdner Bank a lancé hier un nouveau pavé dans la mare à propos de l'avenir du groupe Fortis. Le spécialiste du secteur bancaire de Dresdner Kleinwort a en effet évoqué le principe d'une fusion entre le groupe financier belgo-néerlandais et la banque française BNP Paribas. Il pose en tout cas la question de la faisabilité d'une telle opération ("A deal in the making ?") en étayant son hypothèse de quelques arguments que les responsables de Fortis n'ont pas souhaité commenter en les qualifiant de "rumeurs de marché". L'analyste en question est pourtant celui qui avait attiré l'attention sur le risque pris par Dexia au travers de sa filiale américaine FSA. Mais à ce propos, les spécialistes du secteur se veulent circonspects. Voyons toutefois ses arguments. D'abord, Jaap Meijer rappelle que la situation bilantaire de Fortis n'est pas confortable et que ses efforts de recapitalisation pourraient manquer de consistance, notamment en raison de la réticence des actionnaires à cracher encore au bassinet. Rien de neuf. Il prévoit même - hypothèse encore - que la situation bilantaire de Fortis pourrait encore se dégrader en raison du "surprix" payé pour ABN Amro. "Il est vrai que pour ces raisons, le titre Fortis est bon marché", concède Ivan Lathouders, analyste chez Degroof. Mais cela fait-il de Fortis une proie idéale pour BNP ? Pour Jaap Meijer, une telle opération envisagée (avec une haute probabilité) en 2009, serait pour BNP l'occasion de devenir à bon compte le plus gros acteur européen en termes d'actifs, avec une position dominante en France et dans le Benelux. Il voit dans ce scénario la possibilité d'une remontée des cours des deux banques, avec un objectif de cours de 12,50 euros pour Fortis (9,44 euros hier à la clôture), et de 78 euros pour BNP (qui a clôturé à 65,02 euros).

Sait-on jamais... Pour Ivan Lathouders, le timing estimé par l'analyste de Dresdner semble toutefois peu réaliste : en 2009, Fortis n'aura pas encore fini de digérer ABN Amro. Sans parler de l'intervention possible de la banque centrale des Pays-Bas dans un dossier aussi délicat. Enfin, ce dernier note aussi que, du point de vue de BNP, l'ingestion de Fortis pèserait lourd en termes de notation financière. Or, aujourd'hui, ce paramètre est primordial pour les banques.