C'est officiel: la banque française BNP Paribas a confirmé dimanche peu avant minuit la reprise de Fortis Banque en Belgique et au Luxembourg pour créer la "première banque européenne par le montant des dépôts".

L'Etat belge devrait débourser aux alentours de 5 milliards d'euros supplémentaires et sera ainsi propriétaire de 100 pc de Fortis Banque. Dans un deuxième temps, l'Etat belge apportera 75 pc de sa participation dans Fortis Banque à la BNP Paribas qui elle-même payera cet actif avec ses propres actions. L'Etat belge détiendra au terme de l'opération 10 pc de BNP Paribas. L'Etat belge devient ainsi le premier actionnaire de la banque française, juste devant l'assureur Axa (5,9 pc).

Cette participation de l'Etat est valorisée aux cours actuels de BNP Paribas à 6,5 milliards d'euros. La banque française, qui va émettre dans le cadre de cette opération de nouvelles actions à hauteur de 8,25 milliards d'euros, achètera également Insurance Belgium, la branche assurance en Belgique. Les actifs à risque de Fortis Banque sont estimées à 10,45 milliards d'euros et seront sortis de la banque et logés dans une structure ad hoc, détenu par le Holding Fortis (66 pc) et à hauteur de 10 pc par la BNP et de 24 pc par l'Etat belge. Cela répondait probablement à une des exigences de BNP Paribas qui ne voulait pas hériter des risques présents dans le bilan du groupe belgo-néerlandais. "Cette opération va permettre à Fortis de se recentrer sur ses métiers de base et de préserver l'emploi", a déclaré peut avant minuit Yves Leterme, Premier ministre.

En ce qui concerne les actifs luxembourgeois de Fortis, ils seront contrôlés à hauteur de 66 pc par BNP Paribas, le solde étant la propriété de l'état luxembourgeois.

Quant à l'action Fortis, elle restera cotée mais avec très peu d'actifs. Reste à savoir quelle sera la balance entre ces actifs et les provisions à constituer

. En tout cas, la cotation de l'action Fortis devrait être suspendue ce lundi, le temps de permettre au marché de cerner toutes les implications de cette opération complexe.

Le film des dernières heures

Le rachat de Fortis par la BNP semble entrer dans sa dernière ligne droite. Selon nos confrères du "Standaard", BNP Paribas prendrait 75 pc de Fortis, laissant à l'Etat belge une minorité de blocage. De quoi rassurer les épargnants mais aussi le personnel de l'institution.

Toujours dans ce scénario, Fortis pourrait devenir actionnaire de BNP Paribas, l'opération débouchant sur des participations croisées.

Yves Leterme a demandé à ses ministres de se tenir prêts à revenir à Bruxelles pour un conseil des ministres spécial. La négociation semble désormais dans sa dernière ligne droite.

Au terme de cette opération, l'Etat belge resterait donc dans le capital de Fortis mais deviendrait également actionnaire de BNP Paribas. L'action Fortis, elle, resterait cotée mais le groupe serait amputée de la plupart de ses actifs actuels à l'exception de la branche assurance en Belgique.

Par ailleurs, BNP Paribas prendrait également le contrôle des activités luxembourgeoises de Fortis; Toujours à 75 pc et aux côtés de l'Etat luxembourgeois. A confirmer également. Luc Frieden, ministre luxembourgeois du Budget, a parlé d'un partenariat entre Fortis Luxembourg et une "banque européenne de premier ordre".

Pour rappel, le week-end dernier, BNP Paribas avait proposé 1,6 euro par action Fortis avant de se faire éconduire par le gouvernement belge. Ce dernier a encore assuré ce week-end sa volonté de ne pas brader la première banque belge.

Cette opération permettrait à BNP Paribas, peu présent chez nous, de rentrer à bon prix sur le marché bancaire belge, caractérisé par un haut niveau d'épargne. Quant à Fortis Banque, elle pourrait s'appuyer sur un partenaire bancaire à la structure bilantaire solide.

Par ailleurs, notons que le holding Bois Sauvage, l'un des actionnaires belges de Fortis, a cédé vendredi dernier 3,6 millions d'actions Fortis au prix de 5,40 euros.

Rappel des dernières heures

Yves Leterme a annoncé dimanche son intention de trouver un nouvel acquéreur pour la banque en difficulté Fortis afin de rétablir un climat de confiance avant l'ouverture des marchés lundi. Des représentants du groupe financier et des autorités ont eu des entretiens à huis clos au cours du week-end pour tenter de rétablir la crédibilité de Fortis prise dans la tourmente financière.

Vendredi, l'Etat néerlandais a annoncé qu'il prenait le contrôle des opérations néerlandaises de la banque, pour un montant de 16,8 milliards d'euros, suite à un précédent sauvetage qui n'a pas permis de lever les doutes du marché. La décision des Pays-Bas revient à séparer Fortis en deux lignes nationales mais a suscité de nouvelles inquiétudes quant à la santé des opérations de Fortis. "Fortis est une entreprise saine, avec une bonne solvabilité, c'est seulement une question de liquidités", a déclaré M. Leterme à VTM.

Il a également souligné devant la presse que plusieurs personnes étaient "intéressées" par la reprise de Fortis. "Les négociations sont toujours en cours. Il y a des contacts avec des groupes privés, plusieurs, et dans ces négociations, nous n'allons pas décider comme ça le dos au mur, en panique", a-t-il dit. "On a d'autres possibilités pour garantir de manière très sereine et très calme la continuité de l'entreprise". "La seule chose qui est certaine, c'est que nous devons émettre un signal clair et fort pour les marchés demain matin", a-t-il ajouté. "Et ce qui est certain aussi, c'est que l'objectif principal est de servir les intérêts des épargnants, de la clientèle et aussi du personnel de Fortis".

Selon des informations de presse, le groupe pourrait être repris par le géant français BNP Paribas, une possibilité que des représentants du gouvernement ont refusé de confirmer.

L'un des scénarios évoqués est une nationalisation, une autre option étant la reprise par un autre groupe financier.

Fortis -qui emploie 25.000 personnes en Belgique- a connu des difficultés croissantes après avoir décidé de racheter les activités bancaires néerlandaises d'ABN Amro l'an dernier pour 24 milliards d'euros dans le cadre de la plus importante acquisition de l'histoire bancaire.

Les actions du groupe ont chuté d'environ 70% depuis janvier.

BNP Paribas en discussions avec les gouvernements belge et luxembourgeois

BNP Paribas est en discussions avec les gouvernements belge et luxembourgeois en vue d'une reprise de 80% du groupe de services financiers en difficultés Fortis selon la RTBF.

Les gouvernements belges et luxembourgeois conserveraient 20% du capital, ajoute la radio, qui a souligné que rien n'avait encore été décidé à ce stade.

Un porte-parole de BNP Paribas s'est refusé à tout commentaire.