Quelle mouche a donc piqué le ministre hollandais des Finances, Wouter Bos, quand il affirmait vendredi que le sauvetage de Fortis avec nationalisation de la branche batave est au seul avantage des Pays-Bas ? D'après lui, son pays a repris la partie la plus saine du bancassureur, jusqu'il y a peu belgo-hollandais, et laissé le fromage pourri avec des trous aux Belges ! Une telle sortie est non seulement inamicale, mais aussi peu respectueuse des efforts des gouvernements belge, hollandais et luxembourgeois pour sauver Fortis. Elle n'est pas non plus de nature à rassurer les épargnants et les clients de la banque. D'où la riposte rapide et claire du Premier ministre belge Yves Leterme. "C'est une solution win-win. Nous sommes quittes de la situation néerlandaise. Il faut savoir que ces derniers jours, la Banque nationale de Belgique a dû accorder 45 milliards € de facilités de crédit pour maintenir les activités néerlandaises. Alors s'il est vrai que, comme l'a indiqué mon vis-à-vis M. Balkenende, il y avait des problèmes en Belgique, il y en avait très certainement aussi aux Pays-Bas", a-t-il déclaré à la télé flamande Canvas (VRT).

Pour le secrétaire d'Etat au Budget, Melchior Wathelet Jr, la sortie du ministre hollandais est une sortie politique destinée à justifier la décision des autorités néerlandaises, notamment auprès de leurs électeurs. "Il défend son accord et essaie de le faire de la meilleure façon possible auprès de ceux dont il est responsable. L'accord est une bonne opération pour chaque partie, on a essayé de recentrer les actifs sur chacun des deux pays. Les Pays-Bas ont pris ce qui était hollandais et s'il y a des problèmes dans la branche belge, il y en a chez eux aussi", nous a confié Melchior Wathelet Jr.

Selon nos informations, les Hollandais n'auraient pas été "fair-play" durant la recherche d'une solution pour sauver Fortis. Cette attitude serait le résultat du ressentiment qu'ils nourrissent à l'égard des responsables belges de Fortis pour avoir racheté, à la mi-2007, le fleuron de la finance hollandaise ABN Amro.

Pour rappel, le 28 septembre, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg (pays où est fortement implanté Fortis) avaient annoncé l'injection de 11,2 milliards d'euros dans le groupe, dont le cours était fortement malmené en Bourse. En échange, ils prenaient chacun 49 pc des activités bancaires dans leur pays respectif. Les Pays-Bas versaient 4 milliards d'euros, une opération remplacée depuis vendredi soir par la nationalisation complète de Fortis aux Pays-Bas.

Fortis Belgique : l'attente

Le second plan de vendredi se substitue au premier et représente un effort financier plus important pour les autorités hollandaises qui doivent débourser 16,8 milliards d'euros. En contrepartie, les activités de Fortis aux Pays-Bas passent à 100 pc aux mains de l'Etat néerlandais. Il s'agit notamment de Fortis Insurance Netherlands et de Fortis Bank Nederland Holding, y compris la participation de Fortis dans RFS Holding, la société mise en place avec la banque espagnole Santander et la britannique Royal Bank of Scotland pour reprendre ABN Amro.