Premier groupe financier belge à publier ses résultats trimestriels, Fortis n'aura pas créé la bonne surprise mais plutôt la déception. Il affiche un bénéfice net de 808 millions au 31 mars, en baisse de 31 pc par rapport à 2007. Ce chiffre inclut des nouvelles dépréciations pour 380 millions liées à la crise du "subprime". Le groupe les explique par "la volatilité accrue des marchés financiers". Comme les précédentes dépréciations, elles ont été calculées, nous a expliqué le CEO Jean-Paul Votron, "selon les méthodes les plus strictes". "D'autres institutions doivent aujourd'hui publier des dépréciations plus élevées car elles ont eu, dans le passé, des vues moins réalistes", poursuit le CFO (Chief Financial Officer) du groupe belgo-néerlandais Gilbert Mittler.

Et puis ne manque pas de préciser Jean-Paul Votron, Fortis "sort quand même un bénéfice net au-delà de 800 millions, ce qui reflète une activité commerciale dynamique et le côté récurrent des bénéfices". Le bénéfice net s'élève à 721 millions d'euros (-20 pc) pour les activités bancaires et à 219 millions (-38 pc) pour l'assurance.

Le groupe souligne par ailleurs dans son communiqué "l'excellent bénéfice net pro forma des activités d'ABN Amro acquises à 319 millions d'euros". Le rachat d'ABN a toutefois eu un impact négatif sur le bénéfice net de Fortis de 85 millions d'euros. En cause : les frais de financement et d'intégration ainsi que les dépréciations sur certains actifs d'ABN Amro. D'après le CFO Gilbert Mittler, cet impact négatif ne justifie en rien des dépréciations sur la valeur payée pour ABN Amro. "Il n'y a pas le moindre doute là-dessus aujourd'hui", dit-il. Il en veut pour preuve, la bonne tenue des activités "retail" de la banque néerlandaise aux Pays-Bas, la baisse limitée du bénéfice du private banking (-7 pc) compte tenu de la baisse boursière et la vente aux Chinois de Ping An de 50 pc de l'asset management du groupe (y compris celui d'ABN) à "un prix légèrement supérieur à ce qu'on avait payé".

Au-dessous des prévisions

Les chiffres publiés hier par Fortis sont au-dessous des estimations des analystes qui misaient sur un bénéfice d'environ 1,1 milliard d'euros. "Les résultats de Fortis sont bons si on ne prend pas en compte deux éléments décevants à savoir la charge encore élevée due au subprime et l'impact négatif d'ABN Amro. Le point positif, c'est la bonne résistance des activités sous-jacentes", souligne Bertrand Veraghaenne, analyste chez Petercam Asset Management.

Pour l'avenir, Jean-Paul Votron se montre prudent. "Le contexte économique demeure extrêmement difficile, comme en témoigne la nouvelle détérioration des marchés financiers au cours de la seconde moitié du mois de mars 2008. S'il est indéniable que l'économie américaine souffre, il est encore trop tôt pour prédire l'impact de la crise sur les autres économies et, partant, sur l'activité commerciale. Nous pensons que l'environnement va rester volatil dans un proche avenir", souligne-t-il dans le communiqué.

L'action a clôturé hier à 16,72 euros en baisse de 1,36 pc.