Le bancassureur belgo-néerlandais Fortis, victime de la crise financière, va être démantelé via la nationalisation de l'essentiel de ses activités néerlandaises par le gouvernement des Pays-Bas, y compris les actifs d'ABN Amro, pour 16,8 milliards d'euros.

L'annonce en a été faite vendredi par le Premier ministre, Yves Leterme. L'information a été confirmée peu après par le ministère des Finances néerlandais.

"L'Etat néerlandais reprend la totalité de Fortis Banque Pays-Bas, de Fortis Assurances Pays-Bas, de Fortis Assurances Corporate et de la partie détenue par Fortis dans la holding ABN Amro", écrit le ministère néerlandais dans un communiqué. "C'est une mesure temporaire : ces institutions financières seront privatisées lorsque le calme sera revenu dans le système financier", précise le ministère.

Yves Leterme a précisé lors d'une conférence de presse que cette décision avait été prise à l'issue d'une négociation la nuit dernière avec les gouvernements néerlandais et luxembourgeois, qui avaient déjà participé dimanche soir au sauvetage du groupe, ébranlé par la crise du crédit.

"Sur cette base, le groupe Fortis a cédé à l'Etat néerlandais l'essentiel des activités néerlandaises du groupe, plus spécifiquement Fortis Bank Nederland (holding) NV, y compris ABN Amro, et Fortis Insurance Netherlands NV", selon un communiqué publié au même moment par les services d'Yves Leterme. Fortis avait été déjà partiellement nationalisée dimanche soir pour éviter une faillite par les Etats du Benelux.

Les gouvernements belge, néerlandais et luxembourgeois avaient alors annoncé qu'ils injectaient 11,2 milliards d'euros au total dans Fortis, et prenaient chacun en échange environ 49% de la filiale bancaire du groupe dans leur pays respectif.

"Le week-end dernier, nous avons paré au plus pressé pour permettre à Fortis d'être actif à la reprise des marchés", a commenté vendredi le ministre belge des Finances, Didier Reynders. Une autre décision avait été annoncée dimanche soir, celle de céder à terme les actifs d'ABN Amro que Fortis venait de racheter pour 24 milliards d'euros, une opération qui avait précipité les difficultés du groupe car elle avait coïncidé avec la crise du crédit.

"Lors des discussions qui ont eu lieu la nuit dernière, il a été décidé de céder non seulement ABN Amro mais aussi le reste des activités néerlandaises de Fortis", a dit Didier Reynders. L'opération est "de nature à préserver durablement la solvabilité du groupe", selon le communiqué publié vendredi.

Le montant payé par le gouvernement néerlandais va en effet remplir les caisses de ce qui reste du groupe Fortis, qui devient de facto belgo-luxembourgeois. "Cette semaine a été très difficile pour Fortis mais nous pouvons conclure maintenant que nous avons franchi des pas très importants", a commenté Yves Leterme.

Interrogé sur d'éventuelles autres mesures dans le futur, il s'est contenté d'indiquer: "L'Etat est actionnaire à 49,93% de Fortis Bank Belgique. Il est normal qu'il fasse preuve de vigilance".