Avec quelque 300 000 exemplaires vendus chaque année, "Time’s Up" est devenu le produit phare de cet éditeur de jeux de société, une petite entreprise "amicale" comme d’autres sont familiales. Elle est basée à Bruxelles, à deux pas de la place des Martyrs. Elle a commencé sur la base de pas grand-chose. Juste une idée comme ça et la folie d’y croire jusqu’à y engager tout l’héritage d’une grand-mère récemment disparue. Car il fallait bien qu’ils croient à leur projet, Cédric (Caumont) et Thomas (Provoost), pour faire de ce qui était un loisir-passion, plus qu’un métier : une véritable entreprise.

Le pitch pourrait d’ailleurs être celui d’un jeu de société, quelque part entre "Destin" et "Monopoly" sauf qu’ici, c’est de leur vraie vie qu’il est question. "J’ai une formation d’infographiste complétée par une spécialisation en multimédia acquise à l’époque où on ne parlait pas encore d’Internet", explique Cédric, ce Français du Nord qui s’est définitivement installé à Bruxelles, mariage oblige… Cela correspond aussi à l’époque où il est devenu salarié comme programmeur chez IBM, avant de travailler au développement de Kid City, un site Internet développé par Averbode et Skynet où Cédric deviendra ensuite webmaster.

Pendant ce temps, Thomas (Provoost) menait sagement des études de psychologie à Bruxelles, avant de se lancer dans la recherche et de travailler pour des centres PMS. Cela collait assez bien avec sa passion pour la chose ludique qu’il étalait au grand jour en rédigeant des chroniques pour quelques magazines spécialisés de l’époque. On est à la fin des années 90.

C’est par le canal du jeu que les deux "gamers" se sont rencontrés. Ils fréquentaient les mêmes cercles. Non pas les salons feutrés où l’on fait tourner les roulettes, mais ceux des copains et des fans de jeux de plateau ou de jeux de rôle. "Il y avait une communauté de joueurs. On se retrouvait régulièrement chez les uns ou chez les autres. On était des habitués des Rencontres belgo-ludiques. Tous les lundis, c’est chez moi qu’on se réunissait. On baptisait ces soirées, le Repos du Guerrier", se souvient Cédric. "Et c’est d’ailleurs de là que vient le nom de notre société. Thomas voulait qu’on l’appelle simplement Repos. Je trouvais que pour du business, cela ne faisait pas très sérieux et c’est devenu Repos Production."

Là, on est en 2004, l’année de la création de Repos Prod mais l’idée de se lancer dans le business du jeu est née à la fin 2002. "Comme chaque année, nous visitions ensemble la foire du jeu d’Essen, en Allemagne. Et là, on a découvert un jeu américain tellement sympa qu’on l’a ramené avec une idée en tête…", raconte Thomas. Ce jeu, c’était "Time’s Up" et l’idée, c’était de le "localiser", c’est-à-dire de la rendre jouable en Belgique et même dans toute l’Europe.

Les joueurs se partagent un paquet de cartes avec des noms de personnalités et le but est de faire deviner l’identité de ces personnages à son partenaire de jeu. C’est simple, c’est ludique, c’est convivial et c’est drôle. Mais il a fallu apporter des adaptations. "Les joueurs de base ball américains ne sont pas très connus chez nous…", font remarquer les compères qui expliquent que pendant des semaines et des semaines ils ont testé et retesté le jeu en l’adaptant dans leur "atelier" du Repos du Guerrier. "Une fois qu’on était convaincu d’être au point, il a fallu négocier avec l’éditeur américain. Il a fallu un gros chèque et un solide contrat pour le convaincre mais aujourd’hui, avec les royalties qu’il perçoit, il ne doit rien regretter", explique Cédric.

Pas plus que Cédric ou Thomas ne regrettent d’avoir fondé leur société en 2004 pour le projet Time’s Up. Ils étaient deux à l’époque, ils sont une dizaine aujourd’hui et seront deux de plus en janvier. C’est que Time’s Up, c’est un vrai succès belge mais aussi international avec, cette année, une toute jeune édition réservée aux enfants, "Time’s Up Kids". Un vrai record dans le genre ! De quoi financer d’autres projets et d’autres best-sellers. Et parmi ceux-ci, "Concept", un jeu de communication totalement original ou "7 Wonders", un jeu de cartes totalement différent avec de la stratégie, de la gestion et, à la clé, une foule de prix et de récompenses internationales. Et la version "Duel", pour deux joueurs, qui vient de sortir, a fait un véritable tabac à la dernière foire d’Essen, là où Thomas et Cédric ont découvert "Time’s Up" il y a une douzaine d’années en simples badauds. Et où ils disposent désormais d’un des espaces des jeux les plus visités par les quelque 170 000 "gamers" joueurs qui fréquentent la foire chaque année.