François Pinault a estimé vendredi que l'environnement n'était pas serein pour lancer une offre sur Suez, mais a maintenu la pression en indiquant qu'il continuerait d'envisager une telle opération, pour laquelle il assure disposer d'engagements de financement.

Artémis, holding familial de l'homme d'affaires français, a diffusé un communiqué pour confirmer une nouvelle fois qu'il conduisait "des réflexions exploratoires sur l'opportunité d'une offre publique" sur le groupe d'énergie et de services collectifs. Il a assuré avoir "obtenu les engagements de financement nécessaires pour mener à bien un tel projet". Pour Artémis, "les conditions actuelles ne créent pas un environnement suffisamment serein pour présenter une offre". Le holding ajoute qu'il reste "convaincu qu'une solution alternative à la fusion Suez-GDF, dans l'intérêt du marché, peut être trouvée".

Suez a réagi en assurant que "la déclaration d'Artémis ne clarifie en rien sa position et continue de perturber le cours de Bourse de Suez". Gaz de France s'est refusé à tout commentaire.

Les spéculations autour de Suez sont alimentées par le fait que le projet de fusion avec GDF semble dans l'impasse depuis la décision du Conseil constitutionnel, fin novembre, de valider la privatisation du groupe public tout en ordonnant qu'elle ne soit pas effective avant le 1er juillet 2007, date de l'ouverture totale du marché de l'énergie à la concurrence, qui fera tomber la notion de "service public national". Depuis, les deux groupes n'ont toujours pas présenté de plan pour sécuriser le projet. L'approche de l'élection présidentielle ne facilite pas les choses, l'opposition socialiste étant hostile à la fusion et le candidat de l'UMP, Nicolas Sarkozy, étant plutôt prudent.

Les analystes financiers interrogés considèrent que la décision de François Pinault lui permet de prendre date. "Cela déclenche un compte à rebours. Le calendrier devient très intéressant si Pinault décide de revenir dans six mois. Il va se retirer et voir comment ça se passe. Pour sa réputation, c'est un bon mouvement. Si les socialistes bloquent le projet de fusion, il sera vu comme le sauveur français de Suez. S'il ne fait pas d'offre, il dira que les autres paient un prix fou pour Suez", a expliqué un spécialiste du secteur basé à Londres. Un autre analyste d'une banque européenne a jugé que la décision de François Pinault était à rapprocher de son entrée dans le capital de Vinci, dont il a acquis 5,1 pc.

Une chose est sûre : Artémis ne pourra pas lancer d'offre sur Suez pendant six mois. C'est ce qu'a indiqué vendredi l'Autorité des marchés financiers (AMF), le gendarme de la Bourse en France, qui avait donné jusqu'au 2 février au holding pour lancer ou non son offre sur Suez. (Reuters)

© La Libre Belgique 2007