Dans un mouvement de panique boursière, Fannie Mae et Freddie Mac, les deux géants américains du refinancement hypothécaire et piliers du marché immobilier, se sont effondrés vendredi en début de séance à Wall Street, obligeant le gouvernement à rechercher une issue d'urgence. En début de séance, Fannie Mae a perdu jusqu'à 49 pc, à 6,68 dollars, et Freddie Mac 51 pc, à 3,89 dollars, mais se sont par la suite un peu repris, Freddie Mac repassant même dans le vert. Fannie Mae avait déjà abandonné 12 pc jeudi et son plus petit rival 22 pc. Depuis le début de la crise du "subprime", les deux titres ont perdu près de 90 pc de leur valeur en Bourse.

Ces deux organismes ont pour mission de racheter aux établissements de crédit leurs créances hypothécaires, ce qui permet aux banques de dégager des fonds propres et d'accorder de nouveaux prêts, contribuant à soutenir le marché immobilier dont une stabilisation est vitale pour relancer l'économie. Fin mai, leurs portefeuilles de prêts atteignaient 5200 milliards de dollars, plus d'un tiers du PIB américain. Fannie Mae et Freddie Mac détiennent ainsi dans leurs livres 40 pc des prêts immobiliers consentis dans le pays.

Les marchés étaient convaincus vendredi que le gouvernement devait effectuer un sauvetage d'urgence pour stopper la panique, dès ce week-end, comme il l'avait fait en mars pour la banque d'affaires Bear Stearns. La presse américaine a même affirmé vendredi que le gouvernement réfléchissait à une mise sous tutelle des deux groupes. Sous la pression, le secrétaire au Trésor Henry Paulson est finalement intervenu, en déclarant brièvement que son "objectif principal est de soutenir Fannie Mae et Freddie Mac dans leur forme actuelle". Un commentaire qui montre que le gouvernement cherche une solution mais écarte l'hypothèse d'une nationalisation. Cette prise de position prudente freinait un peu la chute des titres en Bourse vendredi, les analystes se réjouissant que M. Paulson montre son engagement. "Henry Paulson a indiqué que c'était sa préoccupation, qu'il travaille à trouver une solution. Mais pour le moment, ce n'est pas une nationalisation des deux compagnies", a commenté Gregori Volokhine, de Meeschaert Asset Market. "Il est vrai qu'en cas de nationalisation, les actionnaires perdraient à peu près tout." "Mais il faut trouver un moyen de recapitaliser les deux groupes, ce qui devra être initié par l'Etat car il leur sera très difficile de trouver des capitaux privés", a-t-il poursuivi. Andrew Busch, de BMO Capital Markets, relève qu'une nationalisation des deux entités aurait pour conséquence un doublement de la dette des Etats-Unis. Pour M. Volokhine, "le marché est extrêmement inquiet : il faut trouver très, très rapidement une solution, non seulement pour les deux groupes mais pour l'économie américaine, a-t-il dit. Je pense que dans l'intérêt de tous, il faut dès ce week-end au moins un premier train de mesures, pour stabiliser ces deux groupes." Le régulateur de Fannie Mae et de Freddie Mac, l'OFHEO, "continuera à travailler avec les compagnies, alors que celles-ci prennent les mesures nécessaires pour leur permettre de continuer à remplir leur importante mission de service public", a conclu M. Paulson.