Ce samedi, Albert Frère soufflera ses 80 bougies au golf du Zoute. Il a pensé un moment, paraît-il, les fêter à Paris avec Valéry Giscard d'Estaing qui est devenu octogénaire deux jours avant lui. Finalement, il a choisi le Zoute, là où il joue régulièrement au golf et retrouve quelques-uns de ses amis, à commencer par le bouillant président du golf, Léopold Lippens.

C'est son fils Gérald qui a tout orchestré mais sous son contrôle bien sûr. Car, Albert Frère aime garder le dessus dans toutes les situations. Le patron, c'est plus que jamais lui. Il a même presque l'air étonné, voire irrité, quand on lui demande quand il compte se retirer des affaires. A 80 ans, il reste bien accroché à son poste de président de GBL (Groupe Bruxelles Lambert). Il paraît, d'ailleurs, qu'il a participé de près au récent investissement du holding dans la cimenterie française Lafarge. «Il nous enterrera tous», ironise un des collaborateurs.

Et s'il est toujours aux avant-postes, c'est parce que sa vraie passion, celle où il a le mieux réussi, reste le travail. Le travail comme il aime le pratiquer. Par intuition. Par séduction. En négociant dans des beaux salons parisiens autour d'un grand cru classé. Doué pour flairer les bons coups et pour «ferrer» son interlocuteur, cet homme charmeur et gouailleur est tout le contraire du technocrate.

On la dit, redit et reredit, Albert Frère est un financier et non un industriel. Il a compris mieux que personne l'effet de levier que pouvaient apporter les holdings en cascade. Lui ou ses proches sont aux conseils de Total et de Suez, deux valeurs de l'indice parisien CAC 40, alors que son groupe familial Frère-Bourgeois ne détient pas un pour cent de Suez et même pas un demi pour cent de Total.

Ce qu'il a construit en 50 ans, c'est une des plus grandes fortunes belges et non pas un groupe qui emploie des dizaines de milliers de personnes. Ce qu'il voulait en vendant «ses» BBL, «ses» PetroFina, «ses» Royale Belge, c'est dégager une importante plus-value. Peu importe si des pans entiers de l'économie belge passaient sous contrôle étranger. Cela importait d'autant moins qu'il s'est toujours retranché derrière l'argument du mouvement de consolidation en Europe. Certains hommes d'affaires ont cru à tort qu'il allait assurer l'ancrage belge.

Une maison à Marrakech

Aujourd'hui, Albert Frère a tout ce qu'il veut. Il a été fait baron et officier de la Légion d'Honneur française. Il a comme ami Bernard Arnault, une des plus grandes fortunes de France avec qui il a acheté le Château Cheval Blanc. Il a aussi une relation très loyale avec son partenaire dans GBL, le Canadien Paul Desmarais. A croire d'ailleurs qu'il fréquente plus les milliardaires étrangers que belges. Comme s'il se sentait mieux en France que dans certains salons en Belgique.

Il s'est construit une maison à Marrakech. Outre sa propriété dans son fief à Gerpinnes, il a un appartement au Zoute, un à Paris, un à Courchevel et une maison à Saint-Tropez.

Plus que jamais, il a l'air fier de sa réussite. Au point de se montrer plus qu'avant et de ne pas toujours respecter sa maxime préférée: «Pour vivre heureux vivons cachés.»

© La Libre Belgique 2006