Un courtier d'une filiale de la Société Générale, qui pourrait avoir eu connaissance des agissements de Jérôme Kerviel, trader soupçonné de falsifications qui ont coûté 4,82 milliards d'euros à la banque, a été placé jeudi en garde à vue dans les locaux de la brigade financière. Cette révélation est intervenue quelques heures avant l'examen par la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris de l'appel du maintien sous contrôle judiciaire du trader.

Le courtier placé en garde à vue, salarié de la société de courtage Fimat a été interpellé jeudi à la mi-journée, selon des sources proches du dossier, confirmant une information du Monde. Cette garde à vue a été prolongée vendredi à la mi-journée et peut durer au total 48H00. Selon une source proche du dossier, Jérôme Kerviel passait une partie de ses ordres d'achats et de ventes via la Fimat, une filiale de la Société Générale fusionnée le 22 janvier avec une filiale de Calyon pour devenir Newedge.

Des messages électroniques instantanés ("chat") entre le courtier et Jérôme Kerviel suggérant que le gardé à vue était au courant des agissements du trader ont été versés au dossier d'instruction par la Société Générale, selon cette source. L'un de ces messages du 30 novembre 2007, cité par Le Monde, était ainsi libellé: "Tu n'as rien fait d'illégal au sens de la loi". Selon une source proche du dossier, d'autres messages antérieurs témoigneraient de la connaissance par le courtier des agissements suspects de Jérôme Kerviel.

La mise en cause d'éventuels complices suppose toutefois "un acte positif" de leur part, avait expliqué la semaine passé à la presse le chef de la section financière du parquet, Jean-Michel Aldebert. "Cela veut dire que pour être complice il faut avoir cautionné des faux" ou aidé Jérôme Kerviel à "falsifier" des opérations, avait-il précisé.

Jeudi après-midi, les policiers ont mené une perquisition dans les locaux d'une société de courtage en relation avec la Société Générale, selon une source judiciaire, qui n'a pas précisé s'il s'agissait de Fimat.

Lors de la révélation de l'affaire le 24 janvier, la Société Générale avait affirmé que Jérôme Kerviel avait agi seul pour passer des positions sur les marchés à hauteur de 50 milliards d'euros, et cela à l'insu de la hiérarchie. Cette version d'un acte isolé a été mise en doute par de nombreux spécialistes des marchés financiers.

Sollicitées vendredi en fin de matinée par l'AFP, la Société Générale et la défense de Jérôme Kerviel n'avaient pas réagi. Le parquet général a annoncé jeudi son intention de requérir vendredi le placement en détention provisoire du jeune trader, arguant notamment du risque de concertation avec d'éventuels complices. L'instruction "doit être menée sereinement sans risque de concertation avec d'éventuelles personnes qui auraient pu être instrumentalisées ou d'éventuels complices actifs ou passifs", a notamment expliqué la porte-parole du parquet général Ulrika Weiss. Le parquet général a également fait valoir un risque de fuite de Jérôme Kerviel -qui s'est présenté à toutes ses convocations- et la nécessité de décortiquer "le mécanisme complet de la fraude".

Les juges Renaud van Ruymbeke et Françoise Desset avaient placé le 28 janvier Jérôme Kerviel sous contrôle judiciaire après sa mise en examen pour "abus de confiance", "faux et usage de faux" et "introduction dans des systèmes de données informatiques".