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Le très confidentiel secteur du financement des procédures judiciaires est sous le feu des projecteurs à la Bourse de Londres, avec les déboires de la société Burford Capital prise pour cible par un influent fonds spéculatif.

Burford Capital, société américaine cotée sur le marché londonien et jusque-là méconnue, perdait encore 3% lundi vers 10H30 GMT, après avoir été propulsée contre son gré la semaine dernière en une des pages financières de la presse britannique, suite à une note incendiaire du fonds Muddy Waters.

Ce dernier, dirigé par l'investisseur Carson Block, a pour habitude de pointer du doigt le modèle économique de certaines entreprises et de parier à la baisse sur leur cours de Bourse afin de réaliser des profits une fois que les investisseurs ont pris peur et ont vendu l'action.

Dans sa note publiée mercredi dernier, Muddy Waters estime que Burford est "une mauvaise affaire qui se présente comme une bonne". Il prévient que le groupe est presque insolvable et que ses profits ne reposent que sur une poignée d'affaires judiciaires.

Gains potentiels dans les comptes

Le fonds spéculatif pointe le fait que Burford Capital inscrit dans ses comptes les gains attendus de procédures judiciaires avant même qu'elles ne soient achevées. Il s'interroge enfin sur la gouvernance de la société puisque la directrice financière est l'épouse du directeur général.

Cette note a fait germer des doutes sur ce secteur, en plein essor aux Etats-Unis, qui aide financièrement un accusé ou un plaignant pour payer ses frais juridiques en échange d'un pourcentage des indemnités en cas de victoire ou d'accord à l'amiable.

Un autre fonds spéculatif, Gotham City Research, s'est lui aussi inquiété durant le week-end de la santé financière de Burford Capital.

L'action de la société a perdu les deux tiers de sa valeur lors de la seule journée de mercredi, avant de remonter un peu pour une valorisation de 1,7 milliard de livres.

"L'attaque (de Muddy Waters, ndlr) est singulière mais il y a quelque chose de plutôt opaque dans les finances de cette industrie. Comment est-il possible d'estimer la valeur d'une affaire de justice avant que les gains ne se concrétisent ?", souligne auprès de l'AFP Neil Wilson, analyste chez Markets.com.

Burford Capital a immédiatement contre-attaqué la semaine dernière en démentant les allégations du fonds spéculatif. Lundi matin, la société américaine a même affirmé avoir des preuves de manipulation de marché sur son titre boursier, mais M. Wilson notait que les investisseurs ne semblaient pas convaincus.