General Motors (GM), numéro un mondial de l’automobile, a subi une perte nette de 8,6 milliards de dollars en 2005, le déclin de ses ventes en Amérique se doublant de coûts sociaux exceptionnellement élevés liés à la faillite de l’équipementier Delphi.

Ces lourdes pertes se comparent à un bénéfice net de 2,8 milliards de dollars en 2004, alors qu’en volume les ventes mondiales de GM ont progressé de 2% sur un an et que le chiffre d’affaires est resté quasi stable, a précisé GM jeudi.

Les déficits, liés à la désaffection pour les rentables 4x4 et alourdis par des coûts de restructuration, se sont creusés à 4,8 milliards au 4e trimestre. La perte nette avait été de 1,6 milliard au 3e trimestre.

«2005 a été l’une des années les plus difficiles dans l’histoire de GM en raison de mauvaises performances en Amérique du Nord », a commenté le PDG Rick Wagoner.

«Franchement, les pertes sont incontestables, le (quatrième) trimestre a été dur », a renchéri le directeur financier, Fritz Henderson.

Il s’agit d’une semaine noire pour l’industrie automobile américaine, après l’annonce lundi par Ford de 30.000 suppressions d’emplois, autant que chez GM qui avait révélé les siennes en novembre.

Le ton était alarmiste chez les analystes, certains évoquant à nouveau le spectre d’une mise en faillite de GM.

«Soit le conseil d’administration met au point un projet de restructuration sous le chapitre 11 (la loi américaine sur les faillites, ndlr), soit un million de bons emplois vont lentement s’évaporer, conséquence des mauvais choix de la direction et de l’obstination idéologique de l’UAW », le syndicat du secteur, a lancé Peter Morici, professeur d’économie à l’Université du Maryland (est).

L’UAW mène actuellement de difficiles négociations à la fois avec GM, à propos de contrats de travail arrivant à échéance en 2007, et avec Delphi, qui veut aussi obtenir des sacrifices salariaux pour assurer sa survie après son dépôt de bilan en octobre.

Delphi est une ex-filiale de GM dont il assume encore une partie des coûts, et au quatrième trimestre les pertes du constructeur ont été dues pour près de la moitié à une provision de 2,3 milliards, au cas où les sacrifices réclamés par Delphi à l’UAW ne pourraient être obtenus.

Toutefois, selon M. Morici, les coûts de fabrication de GM et l’inadaptation de son offre à la demande en Amérique du Nord sont les principaux responsables de la crise. «Ces problèmes excèdent de loin ceux liés aux coûts sociaux, à l’absence d’une assurance maladie fournie par le gouvernement, et autres excuses de GM et de l’UAW », a poursuivi l’universitaire.

Le président George W. Bush est intervenu jeudi dans le débat en suggérant aussi à GM et Ford de «développer un produit adapté ». «Aucun constructeur ne m’a demandé un plan de sauvetage », a-t-il ajouté dans un entretien au Wall Street Journal.

Comme Ford, GM est en crise en Amérique car sa gamme très fournie en 4x4 et pick-ups --véhicules les plus rentables mais aussi les plus gourmands en carburant-- subit la concurrence croissante des petites berlines asiatiques, d’autant plus prisées que l’essence est chère.

Les déboires financiers de GM semblent néanmoins plus préoccupants. En Amérique du Nord, en excluant les éléments exceptionnels, il a subi une perte de 5,6 milliards en 2005, là où Ford avait fait état lundi d’une perte annuelle de 1,6 milliard avant impôts.

Côté parts de marché, le déclin se poursuit et c’est aux Etats-Unis qu’il est le plus prononcé pour GM: 25,9% en 2005 contre 27,2% en 2004.

Robert Barry, de la banque Goldman Sachs, s’est dit «surpris par l’ampleur de la perte (de GM) au quatrième trimestre ».

Vers 17H20 GMT, l’action du premier constructeur mondial cédait 5,49% à 22,54 dollars à Wall Street.