Correspondante aux États-unis

Nouveau départ ou dernier souffle ? Le verdict du plan de "survie" remis hier au Département du Trésor américain par les deux constructeurs automobiles General Motors (GM) et Chrysler devrait encore se faire attendre. Il faudra au moins une semaine, voire dix jours pour que la "task force" dirigée par le Secrétaire au Trésor Timothy Geithner et le premier conseiller économique de la Maison-Blanche, Larry Summers, termine sa première évaluation du rapport d’étape rendu hier par Rick Wagoner et Bob Nardelli, respectivement patron de GM et Chrylser. Chrysler a précisé hier avoir besoin de 5 milliards de dollars supplémentaires de fonds publics et assuré pouvoir se redresser sans passer par le régime des faillites.

Selon les termes approuvés par le Congrès en novembre dernier, le plan final de restructuration et de viabilité des deux groupes dans la tourmente n’est pas attendu avant le 31 mars prochain. D’ici là, les négociations entre les dirigeants, les créanciers et le syndicat des ouvriers automobiles devraient se poursuivre.

Le porte-parole de la Maison-Blanche, Robert Gibbs, a indiqué lundi que l’administration Obama était "impatiente" de prendre connaissance du plan, mais n’a pas indiqué quand elle s’exprimerait spécifiquement sur la question. "Nous sommes impatients de lire les plans, car nous comprenons qu’il est extrêmement important que nous ayons une industrie automobile forte et viable", a dit Robert Gibbs. Il a encore ajouté : "Nous devons nous assurer que les voitures de demain sont construites ici, par des Américains, pour des Américains", et a déclaré que l’équipe chargée du dossier prendrait en considération "non seulement les intérêts des investisseurs et des créanciers, mais aussi le gagne-pain de dizaines de milliers d’ouvriers de l’automobile du Middle Ouest".

Négociations syndicales

Long de 900 pages, le plan de restructuration présenté hier soir par General Motors est le plus important de son histoire. Son intention : démontrer comment la compagnie entend réduire ses coûts, assurer sa survie et redevenir compétitive, en coupant dans ses effectifs, en fermant davantage d’usines en Amérique du Nord, et en divisant par deux le nombre de ses marques. Seules Chevrolet, Cadillac, GMC et Buick devraient survivre. GM, qui avait obtenu la première partie de son prêt fédéral de 9,4 milliards de dollars en décembre, devait recevoir dès hier le complément de 4 milliards de dollars, a fait savoir un responsable de la Maison-Blanche. Mais ce chèque de 13,4 milliards au total soumet le constructeur automobile à des obligations strictes, telles que réduire sa dette de deux tiers et ajuster les salaires et avantages de ses employés à ceux de ses concurrents étrangers installés aux Etats-Unis, ou encore indiquer comment il compte rendre ses véhicules plus économiques d’ici 2014. Si elle ne remplit pas ces obligations, la compagnie devra rembourser son prêt, ce qui signerait à coup sûr son arrêt de mort.

Les difficiles négociations avec le puissant syndicat américain des ouvriers automobiles (United Auto Workers) sont la pierre angulaire du plan du plan de restructuration de GM. La pierre d’achoppement la plus importante est sans doute le maintien de la couverture de santé à vie pour tous les employés des usines de montages de GM et de leurs épouses ou époux, un avantage que le syndicat défend comme "le joyau de la couronne" du grand constructeur de Détroit. Tous les ans, cet avantage social coûte 5 milliards de dollars à GM, qui est aussi lié par contrat à verser 10 milliards de dollars cette année à un fonds prévu à cet effet. Les dirigeants de GM demandent que 50 pc de sa prochaine contribution au fonds s’effectue sous forme d’actions. Hier soir, l’UAW a déclaré avoir conclu des accords préliminaires avec GM mais aussi Ford et Chrysler pour les aider à se restructurer.

Selon le "New York Times", les discussions entre GM et ses créanciers se seraient aussi dégradées, alors que le constructeur se penche sur une proposition de ceux-ci de réduire sa dette à 9 milliards de dollars, contre 28 milliards de dollars actuellement.

Enfin, la politique d’allégement des effectifs se poursuit : General Motors a annoncé la semaine dernière qu’il réduirait sa masse salariale globale de 14 pc cette année. Selon l’AFP, GM a annoncé cette semaine deux gros guichets départ, destinés à ses cols blancs et ses ouvriers. Le groupe espère réduire ses effectifs de 31 500 aux Etats-Unis pour les ramener autour de 65 000 à 75 000 personnes d’ici 2012. Le spectre du dépôt de bilan, énoncé dans le plan déposé par Rick Wagoner, ne serait qu’un "objet de discussion", et non un "remède aux problèmes de la compagnie", a déclaré Sander Levin, Représentant démocrate du Michigan, au quotidien "Détroit Free Press". "L’administration a demandé que l’option de la faillite soit débattue, mais pas comme une option. La meilleure manière, à mon avis, de l’écarter est d’en discuter."