Correspondant en allemagne

Les ouvriers allemands d’Opel interrogés au sortir des usines sont à peu près tous du même avis. "Sans General Motors, l’entreprise allemande évoluerait mieux toute seule", disent-ils dans les micros. Mais, ajoutent-ils avec scepticisme, "les Américains ne lâcheront pas ce qu’il y a de mieux dans le groupe."

Cette fierté des "Opéliens" l’emporte (encore) sur la peur de pertes d’emplois. Ce n’est pas la première fois que GM envisage la fermeture de sites en Europe. Les représentants ouvriers évitent eux aussi d’attiser le feu. Certes, le président du conseil central d’entreprise Klaus Franz a évoqué le danger de "licenciements massifs" qui auraient des "suites catastrophiques" et signifieraient la fin des marques GM en Europe. Mais il a qualifié d’alarmiste une dépêche de Bloomberg annonçant la fermeture de l’usine de Bochum et la vente de celle très moderne d’Eisenach.

Fait nouveau : les Länder s’en mêlent. Les gouvernements régionaux impliqués ne veulent apparemment pas exclure une participation dans le capital d’une société Opel dissociée de GM. L’exemple de la Basse-Saxe qui possède 20 pc du capital de Volkswagen fait école. Une loi valant spécialement pour VW fixe la minorité de blocage à 20 pc contre 25 pc pour les autres sociétés. La Cour de justice européenne avait rejeté la clause, mais le gouvernement Merkel a adopté une nouvelle loi contenant le même passage controversé. Le cas d’Opel est politiquement plus compliqué que celui de Volkswagen. Il faudrait, en effet, que quatre gouvernements régionaux soient d’accord entre eux.

Les 26 000 emplois d’Adam Opel en Allemagne se répartissent sur quatre Länder, la Hesse avec le siège de Rüsselsheim, la Rhénanie-Westphalie (Bochum), la Rhénanie-Palatinat (Kaiserslautern) et la Thuringe (Eisenach). Trois des gouvernements régionaux sont à direction CDU, un à direction social-démocrate. Les Länder voudraient aussi pouvoir compter sur l’aide de l’Etat fédéral. Des pourparlers ont lieu en coulisses, mais ils n’ont pas encore abouti. Le nouveau ministre fédéral CSU de l’économie Karl-Theodor zu Guttenberg, qui n’aime pas les participations de l’Etat, a refusé de se prononcer avant la publication du plan d’assainissement de GM.

La crise financière internationale fait réfléchir la grande coalition de Berlin à la nationalisation de banques. Le ministre-président qui pousse le plus à la roue est Jürgen Rüttgers de Rhénanie-Westphalie, grand baron de la CDU. Lui qui cultive son image de leader ouvrier séjourne aux Etats-Unis où il verra ce mercredi Rick Wagoner, le président de GM. Il rencontrera également des managers de Ford. Ses services indiquent qu’en Rhénanie-Westphalie, avec 18 millions le Land le plus peuplé d’Allemagne, 83 000 personnes travaillent directement et indirectement dans l’industrie automobile. "L’un ne peut pas exister sans l’autre, GM ne peut pas se passer d’Opel", a lancé Jürgen Rüttgers à Washington.