Depuis que la crise du subprime a éclaté, il y a plus de deux ans, il en est sorti des bouquins sur le monde (pourri) de la finance ! Marc Roche, correspondant du quotidien français "Le Monde" à la City de Londres a, lui, été à la découverte de la banque d’affaires américaine Goldman Sachs qu’il appelle LA Banque tant elle est un pouvoir dans le monde entier (1). En clair, il s’est attaqué à un monstre sacré de la finance sans pour autant pouvoir avoir accès aux associés actuels qui ont le culte du secret. Il a donc vu des anciens ou des concurrents un peu plus bavards. Et il en est arrivé à la conclusion que Goldman Sachs est "amorale en raison de sa puissance, son savoir-faire". Et rares sont les fois où elle a dû payer une amende. Les autres banques d’affaires ne sont pas moins amorales sauf qu’elles sont moins puissantes et ont moins de savoir-faire, dit-il.

Depuis toujours proche des milieux juifs, Goldman Sachs est de tous les coups. Elle participe à la régulation financière comme elle participe à la volatilité des matières premières. Elle a aussi joué un rôle dans les trucages des comptes de l’Etat grec, qui ont permis de masquer une partie de son déficit budgétaire. Mais, comme ses dirigeants le feront comprendre, elle ne s’en sent pas responsable. C’est qu’il faut être deux pour danser le tango

L’auteur du livre rappelle aussi les liens très étroits entre les pouvoirs publics américains et la banque. Le cas le plus connu est celui d’Henry Paulson, ex-président de Goldman Sachs devenu secrétaire au Trésor américain.

La partie la plus originale et même inquiétante du livre porte sur les liens que Goldman Sachs a tissés en Europe pour mieux défendre ses intérêts. Marc Roche explique ainsi que l’ancien commissaire européen Mario Monti est conseiller de Goldman Sachs. Or, ce même Mario Monti a été sollicité par le président de la Commission José Mario Barroso pour repenser l’architecture financière en Europe. Autre connexion : Otmar Issing, ancien membre du directoire de la Bundesbank, est conseiller à temps plein de la banque. "Quand Otmar Issing écrivait dans le "Financial Times" que l’Europe n’allait pas aider la Grèce alors que Goldman Sachs spéculait dans le même temps contre l’euro."

Une des clés de Goldman Sachs c’est cette "culture du collectif". "On partage l’info alors que dans les autres institutions, chacun qui veut du pouvoir fera de la rétention d’information." La banque fonctionne un peu comme une "secte" de la finance où les employés - très bien rémunérés - y travaillent jour et nuit sans penser à autre chose. On contrôle même leur alimentation

(1) La Banque - Ed. Albin Michel.