On ne trouve plus de «Libre», de «Soir» ou de «DH» sur Google. Condamné par le tribunal de première instance de Bruxelles pour violation des droits d'auteur et voisins - et menacé d'une astreinte de 1 million d'euros par jour de retard, le célèbre moteur de recherche américain a bel et bien retiré de ses sites tous les articles et photos des éditeurs belges de presse quotidienne francophone et germanophone. Lundi, on trouvait encore des articles par-ci par-là - ce que l'avocat des éditeurs a d'ailleurs fait constater par huissier -, mais selon Google, il faut toujours un peu de temps pour «effacer» complètement un site de son système. La société rajoute qu'elle aurait utilisé exactement la même procédure si les éditeurs francophones lui avaient simplement demandé de ne plus être référencés par Google, comme les éditeurs néerlandophones il y a quelques mois. «Il n'y avait pas besoin de recourir à un tribunal», dit-on chez Google.

«Ce n'est pas nous qui devons nous plier à leurs règles, mais eux qui doivent respecter la loi», répond Margaret Boribon, la secrétaire générale de Copiepresse, la société de gestion des droits des éditeurs belges de presse quotidienne francophone et germanophone.

«Nous n'avons rien contre Google, mais on ne peut pas construire un business sur l'activité des autres sans, au moins, la reconnaître», affirme François le Hodey, l'administrateur délégué d'IPM, le groupe qui édite «La Libre» et la «DH». «Il faut donc avant tout qu'ils reconnaissent nos droits, et puis nous pourrons discuter pour trouver un modèle qui rééquilibre la donne. C'est dans l'intérêt de tous d'arriver à une solution le plus rapidement possible: nous aussi voulons participer à la dynamique du web, mais cela n'empêche pas qu'il faut fixer certaines règles du jeu.»

Une chose est sûre: la décision du tribunal bruxellois a eu le mérite d'enfin réveiller les responsables de Google, qui avaient jusqu'ici brillé par leur absence, et qui affirment même n'avoir découvert que vendredi dernier l'existence de cette action judiciaire, sans donc pouvoir se défendre.

«Nous leur avons pourtant fait part de notre mécontentement dès le mois de janvier, lorsqu'ils ont lancé la version belge de leur service Google News, mais ils nous ont toujours ignorés», s'indigne Margaret Boribon. Dans son jugement, le tribunal se dit lui aussi «surpris» par l'attitude de Google, «qui n'a pas jugé utile de participer à la mission d'expertise, malgré les invitations qui lui avaient été adressées par l'expert judiciaire, et qui ne comparaît pas.»

Tache d'huile

Mais après avoir refusé le combat, Google prépare sa riposte. Exemple le plus frappant: le moteur de recherche californien ne publie pas le jugement sur ses sites, bien qu'il soit menacé d'une astreinte de 500 000 euros par jour de retard s'il ne le fait pas. Et il précise qu'il compte bel et bien interjeter appel. Son argument principal sera sans doute de dire qu'il ne publie pas les articles dans leur intégralité, mais qu'il n'affiche que des extraits qui renvoient vers les sites des journaux. «Nous respectons les droits d'auteur», dit un porte-parole britannique du groupe.

Chez Google, on craint comme la peste de voir ce jugement inspirer des éditeurs dans d'autres pays, alors qu'une plainte semblable a déjà été introduite par l'AFP aux Etats-Unis en 2005. «C'est clair que ce type d'actions va faire tache d'huile dans le monde entier, à une vitesse très rapide», prédit François le Hodey, qui précise que «tant l'association mondiale des journaux que les éditeurs de livres ont fait de cet enjeu une priorité.»

En attendant, cette action risque malheureusement d'avoir des conséquences néfastes sur les chiffres de fréquentation des sites des journaux francophones belges. 15 à 20 pc des visiteurs de ces sites proviennent en effet directement de Google.

© La Libre Belgique 2006