LIBRE ECO WEEK-END | CO-ENTREPRENEUR CAFE #29

On peut croire que la gouvernance appartient surtout aux grands groupes et entreprises cotées, et qu’elle ne s’applique guère aux start-up. En fait, le besoin en existe tout autant, mais elle est simplement moins formalisée.

Chronique signée Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, coach de start-up et venture partner pour LeanSquare, directeur de AI Black Belt, professeur invité à l’UCL et à l’UNamur

Quand une entreprise grandit, on voit généralement croître également le besoin de gouvernance. Voilà un concept qui n’est pas trivial à définir. Guberna , l’institut des Administrateurs, dit que " la gouvernance a trait au contrôle, à l’administration, à la gestion et à l’obligation de rendre compte. Elle tend à organiser de façon plus efficiente, à objectiver et à rendre plus transparents les structures de gestion et les processus décisionnels de l’entreprise. La gouvernance de qualité n’est donc pas un objectif en soi mais un moyen de réaliser la stratégie d’entreprise."

On peut croire qu’elle appartient surtout aux grands groupes et entreprises cotées, et qu’elle ne s’applique guère aux start-up. En fait, le besoin en existe tout autant, mais elle est simplement moins formalisée.

Pour, par exemple, une équipe de trois co-fondateurs qui travaillent ensemble au quotidien sur leur projet, la gouvernance ira relativement de soi : les décisions se prennent en commun, autour de sandwiches, sans avoir besoin de grand formalisme, ou mise par écrit.

C’est presque naturel, et nécessaire, dans une toute petite structure, qui ne va pas tenir procès-verbal à tout va. À mesure que l’entreprise grandit, lève des capitaux, le besoin de formaliser les équilibres entre parties devient plus criant. Et ce qui permettait de la souplesse au départ, peut devenir un handicap.

On ferait bien d’y prêter attention : dans les start-up, on ne compte plus les malentendus, les attentes loupées et les espoirs déçus. Souvent, c’est littéralement du "malentendu" : ça n’avait pas été dit clairement.

Le développeur qui bosse d’arrache pied pendant des mois, dans l’espoir promis à demi-mot, qu’il deviendra CTO et recevra une part significative dans l’entreprise… puis qui fait face à un CEO qui a finalement trouvé une meilleure solution et renie ses engagements initiaux (tout en disant qu’il n’avait jamais promis, tout au plus ‘envisagé’… )

Dans des cas plus dommages, l’intention était très claire de part et d’autre, a peut-être même donné lieu à un formalisme léger (de taper dans la main à confirmer par message), mais qui ne résiste pas, p.ex., en face d’un formalisme lourd d’investisseurs significatifs.

Le fondateur qui ne s’encombre ainsi pas trop de "gouvernance", devrait se rappeler que par sa racine grecque (kubernao), elle part du sens de " tenir le gouvernail ". Celui qui la néglige ou la méprise risque un jour de rencontrer des rochers qu’il ne pourra pas éviter…