L'ancien président de la banque centrale américaine Alan Greenspan a affirmé jeudi que le marché du crédit vivait "un tsunami comme on en voit un par siècle", lors d'une audition devant une commission parlementaire à Washington.

S'adressant aux membres de la Commission en charge de la réforme gouvernementale, M. Greenspan a souligné que dans la tempête actuelle, "les banques centrales et gouvernements se retrouvent contraints d'adopter des mesures sans précédent".

Alors que les membres de la commission comptaient l'interroger sur le rôle des autorités de régulation dans la crise, M. Greenspan a averti que les Etats-Unis allaient difficilement "éviter une hausse des licenciements et du chômage".

Conscient qu'une bonne partie de la presse américaine le rend responsable de la bulle immobilière et financière qui vient d'éclater, M. Greenspan a affirmé avoir lancé des mises en garde il y a déjà trois ans. "En 2005, j'avais émis des inquiétudes quant aux conséquences néfastes d'une période prolongée de sous-estimation des risques", a-t-il affirmé. "La crise cependant a pris une dimension beaucoup plus grande que ce que j'avais imaginé", a-t-il admis.

Il a pointé du doigt la responsabilité des opérateurs en titrisation dans l'exacerbation de la crise. "Il semble évident que sans les excès de la demande des spécialistes en titrisation, le poids des crédits 'subprime' (à hauts risques d'insolvabilité) aurait été bien moindre".

Les produits exotiques - masquant des crédits souvent douteux - ont "fait l'objet d'une demande explosive des investisseurs dans le monde entier", a-t-il relevé, citant les banques, les fonds spéculatifs et les fonds de pension. Il a aussi fustigé le rôle des agences de notation et "leurs évaluations irréalistes".

Selon M. Greenspan, "tant que les prix des maisons américaines (à la base de l'évaluation de ces produits) ont continué de monter", tout allait bien.

Mais un autre facteur a accentué les risques: la pression des courtiers en prêts hypothécaires sur les particuliers qui a "fait s'effondrer les normes pour la souscription de crédits hypothécaires à partir de 2005", les banques se mettant à prêter sciemment à des clients incapables de rembourser.

M. Greenspan a estimé que l'ensemble de l'édifice s'est effondré également parce que "les modèles de gestion des risques ne couvraient que les 20 dernières années, ayant correspondu à une période d'euphorie".

Pour l'avenir, l'ancien président de la Fed a jugé nécessaire une "stabilisation des prix immobiliers aux Etats-Unis". Mais cela devrait "au minimum prendre plusieurs mois".